CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Brut// La Grainerie - Créatrices !




UNE QUESTION D’ÉCHELLE


publié le 15/04/2018
(La Grainerie - Créatrices !)





Sur la scène largement ouverte, un carré blanc délimite un plateau. Les Acolytes vont entrer alternativement, le plus souvent à deux : entrées et sorties rythmées sur des musiques répétitives, lancinantes, de toutes intensités. Pas de paroles, elles seront réservées à des moments précis, destinées presque uniquement au public.
La dramaturgie de Marion Guyez compose avec la mise en scène de l’artiste espagnole Marta Torrents : l’ensemble, chorégraphique et acrobatique, travaille sur un jeu d’échelles entre regards, visages, corps et ce qu’ils transmettent. Il s’agit de comparer l’image que les corps renvoient avec la force qu’ils déploient, de substituer la perception aux idées reçues, de changer les hauteurs de vue, de casser des résistances, de perturber des impressions. Réunir des opposés, faire du contrepoint, tracer un chemin entre les possibles qui nous constituent.

Entrer en relation

Chacun sur une chaise, les quatre acrobates, danseurs, voltigeurs nous regardent longuement. Échange primordial d’une relation. Ils, elles, cherchent une voie sans parole, ouvrent un dialogue corporel et affectif, d’abord immobiles, creusant notre attente et forçant notre perception sensible, attentive au moindre geste, sans mot. Cette mise en condition très théâtrale, en pleins feux, s’ouvre ensuite, en quelque sorte, sur le réglage de nos perceptions. Les éclats d’un rire répété, puis poussé jusqu’aux larmes, font basculer les sentiments et déploient l’amplitude des possibles. Ce sera le tempo ou la grille de lecture des séquences à venir : bientôt, les rires fusent ou le silence devient éloquent dans le public, ça mord. Silence contre mots proférés, passage d’une expression à son inverse, dualité des relations et des corps en représentation.

Raccords ?

Rivé aux rythmes des fonds sonores et aux possibilités d’expression des dialogues corporels, le spectacle tente de tracer les facettes de l’échange, de la relation : souvent l’excès, la surprise, la répétition et la frénésie servent de développement aux mouvements. Sans doute quelque chose à affiner sur cette part théâtrale, où l’ensemble s’avère inégal. Parfois maniéré, trop marqué, l’ajout de sens sort de la simplicité et du naturel trouvés dans l’expression des gestes chorégraphiques : il y a comme un brouillage entre l’interprétation pure et un jeu parfois plaqué.
L’éloquence des corps, pourtant. Elle démultiplie les possibilités de la confrontation et s’amuse donc souvent de la contradiction. Les acrobates ont des physiques contraires et parfois sensiblement opposés aux clichés de leur sexe. Tailles, corpulences, force et emploi dans le jeu sont remis en question. Les accords et désaccords sont souvent très beaux et poétiques, dans la tendresse et l’équilibre, tant que dans l’expression de la violence et de l’inquiétude.

 

Suzanne Beaujour









Mise en scène : Marta Torrents
Avec : Guilhem Benoit, Gina Vila Bruch, Anna Von Grünigen, Nicolas Quetelard
Dramaturgie : Marion Guyez
Création sonore : Boris Billier
Lumières : Timothé Gares- Loustalot

Photo : Jean-Gilles Quenum

18 avril 2018
La Grainerie - Créatrices !