CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Apartés// Zone Verte des Argoulets




UNE ÉTONNANTE EXPÉRIENCE


publié le 24/06/2010
(Zone Verte des Argoulets)





C’était il y a presque deux ans : avant son départ pour Avignon, la compagnie Singulière présentait sa création ApartéS à Mix’Art Myrys (et peu après au Lido). Un spectacle surprenant, mis en scène par Christian Coumin, bien connu pour les spectacles de cirque qu’il a signés ou les regards et conseils qu’il a pu porter, et qui revient pour L’Agit au Vert, mûri et développé.

Le secret sera bien gardé…

Une vidéo en fond de scène laisse apparaître une danseuse qui traverse son fil avec légèreté. Deux acrobates au sol exécutent des sauts et équilibres imbriqués, rappelant ainsi les vagues déferlantes sur la grève. Et puis… rien de plus ne peut être dit sur l’histoire ou les évènements sans dévoiler le spectacle, qui repose sur de multiples quiproquos. Et c’est déjà beaucoup trop dire! Gardons donc le plaisir de la découverte pour chaque spectateur en prenant soin de ne rien trahir. Car en effet il est structuré et tient impérativement au fait que le public ne sache rien. Donc motus, bouche et œil cousus, mais sachez qu’il est bien-sûr question de cirque, d’acrobaties, de danse et de théâtre.
Par contre, sans trahir ni révéler quoi que ce soit, il est possible de parler de cette construction inextricablement emmêlée. Les acteurs sur scène semblent s’en délecter, loin de feindre d’ignorer les yeux qui les regardent. Car ce spectacle est vraiment désopilant et dispose d’une bonne touche d’humour. Il est également doté d’une orchestration très fluide, d’articulations d’écriture très surprenantes et souvent déroutantes. Ce à quoi on ajoutera une large utilisation de certains principes de base en danse et cirque tels que le trio suspension / répétition / variation. Le tout utilisé bien évidement dans un but évolutif.

Avant tout une forme, mais des plus surprenantes

Si la formule n’est pas inusitée, il s’agit malgré tout d’une sorte d’ovni dans les arts du cirque, où les mécaniques dramaturgiques sont poussées jusque dans leurs extrémités pour mieux dérouter le public, où l’on recourt à des situations à mi-chemin entre le miroir aux alouettes et le papier tue-mouche. Cela pourrait paraître obscur ou grave, mais le spectacle ne l’est pas et, si la vision du spectateur est brouillée, c’est intentionnellement. Une grande jubilation, donc, mais pas uniquement : la compagnie Singulière sait glisser des moments qui provoquent de l’agacement, une véritable nervosité dans les rangs du public.
Notons cependant quelques bémols : une fragilité du jeu d’acteur pour certains, un déroulement qui donne sur une fin bien au-dessous des énergies et tensions atteintes au cours du spectacle. La phase descendante est beaucoup plus convenue et, si elle apporte du repos, elle est quelque peu pâlotte face à une belle construction en spirale ascendante pour les deux premiers tiers. Une question essentielle se pose malgré tout, étant donné qu’il s’agit d’un exercice de style dramaturgique : qu’en est-il du sens et de l’intention ? Ceux-ci sont visiblement en retrait par rapport à la forme qui, elle, s’impose comme un jeu ludique et tyrannique, quitte à laisser peu de place au fond.
Des réserves donc, et néanmoins on conseille sans retenue d’aller voir ce spectacle, car c’est une véritable expérience à vivre pour le public – expérience que seul le spectacle vivant peut faire partager.

Camille Chalain









Mise en scène de Christian Coumin.
Régie générale : H. Tourmente. Scénographie : K. Nadjar. Lumières : L. Hillel. Création sonore : O. Chaalane. Vidéo : H. Benziane.

© Camille Chalain / Le Clou dans la Planche

24 juin 2010
Zone Verte des Argoulets