CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Am Stram Gram// Théâtre du Grand Rond




PLOUF PLOUF


publié le 24/02/2013
(Théâtre du Grand Rond)





Ça sera toi qui commenceras le premier… Il est loin, le temps des incantations magiques de l’enfance, malicieuses formulettes d’élimination utilisées pour faire un choix, celui du jeu, du rire bref de la légèreté. Car un jour, on grandit, les choix deviennent cruciaux, vitaux – mieux vaut ne pas se planter, il ne s’agit plus d’utiliser cette fameuse comptine, AM STRAM GRAM, pour faire un choix déterminé par le hasard.
Pourtant, tel est le pari de la compagnie Filao, qui propose un spectacle de danse contemporaine pour petits et grands autour de la notion de choix. La chorégraphe et interprète Géraldine Borghi incarne tour à tour ces sentiments de joie voire d’euphorie, en passant par la peur paralysante du doute qu’entraîne le dilemme. Car malgré tout, même si l’adulte semble prendre LES grandes décisions, l’enfant n’est pas de reste, cette part de liberté et d’autonomie qui le caractérise de jour en jour ne fait qu’accroître son libre arbitre.

Le temps du décompte

Sur scène, une grande porte en bois, une plus petite à l’autre extrémité (plus tard, le spectateur s’apercevra qu’il s’agissait d’un petit meuble). Une musique entrainante mêlée de bruits de voitures, de klaxons, de sonneries de téléphones… Un personnage déboule sur scène tout de rouge vêtu, par cette grande porte. Le décor prend peu à peu un autre aspect : un téléphone, un réveil, une valise, autant d’objets du quotidien et de perruques dont s’affuble le personnage au fur et à mesure de ses entrées et sorties de scène. STOP ! la musique s’arrête, il est temps de respirer, de se poser un instant, quitter sa belle perruque mauve qui, par un procédé ingénieux et invisible aux spectateurs, retourne seule de là où elle venait, de derrière la grande porte. Qui y a-t-il derrière cette porte ? un chien ? on sonne, on frappe : un cheval ? Avec grâce tout d’abord, la danseuse frappe à la porte, sans succès ; elle s’agace, les coups de pied fusent, elle tambourine, on entend un rugissement…. Mieux vaut ne pas continuer !
Petite ou grande porte, tel est le dilemme du personnage qui interprète cette diversité de sentiments au travers d’une danse de l’hésitation qui frôle l’aliénation. Puis vient le temps de la délivrance, le choix est fait, ce sera le petit meuble dans lequel la danseuse évolue lors d’un instant de flottement, d’apaisement bien mérité. Pour autant, n’était-ce pas le choix de la facilité ? la grande porte se manifeste, les peurs refont surface à tel point que la danseuse fait le choix de l’autruche, celle qui ne veut ni voir ni entendre.
Ouf, sauvée… pour quelques instants seulement, une toux perturbatrice ébranle la danseuse, une clé s’était logée dans sa gorge. Pour autant, il est toujours aussi difficile d’affronter ses peurs, l’inconnu – elle tâtonne, elle lutte devant cette grande porte, pourtant elle en possède la clé désormais. Finalement, point de clé pour passer au travers de cette porte, la danseuse s’y suspend un instant puis grimpe par dessus à l’aide du petit meuble qui lui sert d’escalier. La porte s’ouvre et révèle ses splendeurs, une palette de couleur évolue en direct, le costume rouge devient blanc. Renaissance du personnage qui danse sa joie : apaisée, la danseuse contemple avec sérénité l’autre côté.

Du courage

Le dilemme de dire oui ou non, car faire un choix c’est en même temps celui de faire le deuil de sentiments. Le libre arbitre caractérise ce pouvoir paralysant de tous les possibles, qui permet l’affirmation de soi avec des degrés d’intensité, que l’on soit petit ou grand. Il n’empêche, les plus jeunes font chaque jour l’expérience du choix, celui qui engage quelque chose de profond comme celui qui ne modifie pas vraiment la trajectoire d’une vie. La danse se construit ici sur la dynamique des sentiments divers, tour à tour au bord du gouffre, libre, désinvolte.
La danseuse donne corps au duel des possibles en évoluant autour de portes différentes qui définissent ingénieusement l’espace scénique du choix. De toute évidence, les choix sont rédhibitoires pour la construction, l’espace temps défini par la danse incarne avec élégance le décompte, celui que l’on utilise pour se donner quelque courage avant de se jeter à l’eau.

Solenn Tardivel









Interprétation : Géraldine Borghi
Chorégraphie : Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu
Scénographie et mise en scène : Camille Chalain
Création lumière et régie : Didier Glibert
Création musicale : Fréderic Cavallin et Mathieu Werchoski
Costumes : Élodie Sellier

© Camille Chalain

24 février 2013
Théâtre du Grand Rond