CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Mr and Mrs MacB// ThéâtredelaCité - SUPERNOVA #3




LES JEUNES EPOUX MACBETH


publié le 10/11/2018
(ThéâtredelaCité)





Une banderole orne la façade du ThéâtredelaCité et elle met à l’honneur de jeunes comédiens. Ils sont dix, tous issus de l’Ensad de Montpellier, et ils interprètent Macbeth sur la scène du Cube, sous la direction du metteur en scène américain Stuart Seidle. Il s’agit d’un des volets du projet 4×10, programmé dans le cadre du festival Supernova. 10 jeunes en fin de formation entre les mains de 4 metteurs en scène aussi différents qu’Amélie Enon, François-Xavier Rouyer, Gildas Millin et Stuart Seide, pour quatre spectacles donnés en alternance.

Et de 10

Chez Stuart Seide, le plateau est nu. Seuls quelques écrans figurent un décor minimaliste. Du rouge pour le crime, du vert pour la forêt de la fin. Les comédiens sont jeunes, ils sont beaux. Ils sont investis. Un vent de fraîcheur parcourt la scène. A tour de rôle, ils seront Macbeth et Lady Macbeth. Pourquoi pas. C’est un choix qui permet à chacun de faire ses preuves et de se confronter à deux des plus grands rôles du théâtre shakespearien. Les Ladies sont jeunes et touchantes. Il leur manque sans doute un peu de noirceur. Les Macbeth sont aussi jeunes mais un peu moins touchants. Il leur manque un peu de noirceur.
Prometteur, le niveau de jeu des comédiens est toutefois assez inégal. Les voix ne sont pas toujours audibles. Le choix du roulement, s’il est démocratique et égalitaire, dilue le rôle et n’aide pas le spectateur qui aurait omis de « réviser son Macbeth » à comprendre la pièce ; même une pièce classique ne va jamais de soi. Le procédé de la reprise d’un élément de costume (vêtement bleu et cravate rouge) n’est pas toujours suffisant pour repérer qui est qui et certains, le jeune spectateur en particulier, peuvent s’y perdre. D’autant plus que les anciens possesseurs des rôles titres reviennent pour incarner d’autres personnages. Passé cette contrainte dont les comédiens ne sont pas responsables, la fine équipe des jeunes montpelliérains fait le boulot, et le spectacle tient la route.

« Strangers in the night »

Différentes versions de Strangers in the night (rendue célèbre par Frank Sinatra) servent de transition entre les actes et les changements de distribution. Elles mettent en avant le projet de transformer la pièce en drame du couple, Mr & Mrs MacB. Elles soulignent le côté glamour et ouaté du parti pris de la mise en scène. L’horreur n’est pas visible. A l’extérieur, on danse et on s’enlace en « costumes cravate et robes chics ». Mais à l’intérieur, le sang bout et les projets les plus criminels s’échafaudent. La colère et la folie sont rentrées et les apparences, trompeuses. Ce qui est en cause, c’est le choix du metteur en scène de transformer cette pièce en drame intimiste. Le montage du texte se concentre sur le couple : resserrée sur ce quotidien, la pièce perd beaucoup de son intérêt et de sa force. Et cela n’aide pas les comédiens, qui apparaissent plus à l’aise les rares fois où ils ont à exprimer la violence et l’excès que dans ce jeu en demi-teintes. Certaines scènes jouées avec retenue et économie d’effet sont certes très convaincantes : la mort de Ducan par exemple, où pas une goutte de sang n’est visible et où les meurtriers portent des gants rouges, ou encore l’hallucination de Macbeth pendant le banquet. Cela fonctionne, mais dans l’ensemble, le drame naturaliste proposé par Stuart Seide déçoit et laisse sur sa faim. Il arrive dans certaines mises en scène d’avoir le sentiment que les comédiens n’ont pas été dirigés et que livrés à eux-mêmes, ils cabotinent. Rien de tout cela ici. Ils sont au contraire bridés. D’où, pour le spectateur, un sentiment très net de frustration. On aurait aimé voir ces jeunes hommes et ces jeunes femmes un peu plus confrontés à la violence, à la cruauté et à la paranoïa des personnages shakespeariens.
En tout cas, on retrouvera avec intérêt ces jeunes gens au théâtre. Pas plus tard que dimanche, où l’intégrale des 4 spectacles est proposée – un sacré tour de force.

Stéphane Chomienne









Avec Simon Angles, Jess Avril, Léo Bahon, Baptiste Bleslu, Antoine Brunet-Lecomte, Michèle Colson, Romain Debouchaud, Charline Desplat, Maud Gripon et Étienne Rey
Sous la direction de Stuart Seide

Présenté avec le Théâtre Sorano dans le cadre de Supernova #3, Festival Jeune Création, Toulouse / Occitanie

Photo DR

10 novembre 2018
ThéâtredelaCité - SUPERNOVA #3