CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

23h58// Théâtre des Mazades




ET NOX FACTA EST, ou plutôt sera


publié le 13/10/2018
(Théâtre des Mazades)





Soudain les arbres frissonnent
Car Lucifer en personne
Fait une courte apparition

Higelin

 

Un mot sur la carte blanche proposée par les Mazades à la compagnie Avant l’incendie – on verra demain, compagnie dirigée par Victor Ginicis et Pierre-Olivier Bellec, le premier plutôt à la mise en scène, le second plutôt au plateau, ou méli-mêlant leurs rôles comme présentement, et s’entourant de musiciens hirsutes tout prêts à dégainer (métal, rock alternatif…) Bref, une horde à peine fréquentable, qui en outre, convoque Lucifer !
Ils auront vite enchaîné et ne semblent pas désireux de retarder demain. Le temps de présenter la version finalisée de Mille aujourd’hui, qui arrive tout bientôt à la Cave Poésie, la compagnie prend de l’avance sur sa seconde création, s’offrant un one-shot en guise de prélude : 23h58, une soirée unique pensée comme une mise en bouche (et non pas une étape de travail) pour Mea Culpa, un spectacle à venir.
L’occasion de se faire plaisir, voilà qui était à la fois très perceptible et parfaitement assumé.

« Alors, qu’est-ce qu’on dit ? »

23h58 n’est pas destinée à retrouver les planches, on ne commentera donc pas cette festive débauche de mots, de fumées et de lumières dans le détail, quand bien même on sait que le diable s’y loge – pour les compagnies qui s’y collent, la carte blanche présente toujours la difficulté (et la réjouissance) de l’éphémère. Un mot, plutôt, sur la tonalité que promet ce grand défouraillement de décibels et de projecteurs, dans l’esprit de Baron Samedi, cette autre formation (à majeure musicale) qui recoupe celle de la compagnie (à majeure théâtrale) ; avec les mêmes âmes damnées pour célébrer l’office. Même si l’hybridation est intéressante, sans doute y aura-t-il, pour Mea Culpa, à clarifier laquelle sert de repère, concernant les axes de travail. Sans quoi il est inutile de distinguer les deux formations. Une palette et des nuances existent entre le concert théâtralisé et le théâtre nourri de musique, nuances qui restent à définir – ce que Mille Aujourd’hui, précisément, touche assez bien.
Ce que l’on retiendra comme une promesse, et qui devrait faire le sel de la création à venir : l’angle bouffon, un Lucifer matois. La préférence donnée à des ruptures de ton, Pierre-Olivier Bellec est expert en la matière et fait drôlement mouche – déjà croustillantes pour certaines, mais globalement encore distendues, à ce stade. On imagine que ce n’est là que le début de quelque chose : ces ruptures de ton entre sublime et grotesque deviendront percutantes quand la réflexion sur la logique d’écriture sera achevée. Écrire soi-même, effectuer un montage de textes… ? Tout est possible, en tout cas il est tentant de profiter de la somme littéraire sur le thème pour se constituer un répertoire d’enfer, et s’offrir de ces contrepieds réjouissants dont la compagnie régalait déjà le public, ce soir de carte blanche – on en connaît, des poètes emphatiques ayant donné leur point de vue sur Satan, et qui auraient leur place dans une telle forme, un si joli sens de la dérision pouvant cuisiner, à leurs dépens ou en écho contemporain, un de ces ragoûts diaboliques… Disons qu’avec un thème culturel si fort, si riche, motif séculaire touchant au sacré comme au profane, on rêve d’une forme très nourrie. Et ils ont un an pour nourrir la Bête.

 

Manon Ona









 

Imaginé par Pierre-Olivier Bellec et Victor Ginicis
Mise en scène : Victor Ginicis
Création lumière : Cyril Monteil
Avec Pierre-Olivier Bellec, Léa Cuny-Bret, François Rivère, Théo Roumier, Raphaël Jamin, Félix Roumier et Victor Ginicis

© Mona-Le Clou dans la planche – tous droits réservés

13 octobre 2018
Théâtre des Mazades