CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Mam’zel Bou// Théâtre du Grand Rond




AU BON FRICHTI


publié le 05/10/2013
(Théâtre du Grand Rond)





Un concert, d’habitude, c’est fastoche : on rentre (sauf si c’est dehors), on paye (sauf si c’est gratuit), on s’assied (sauf si c’est debout) et on écoute (sauf si c’est de l’expérimental contemporain, auquel cas on essaye simplement d’assurer à ses portugaises le meilleur pronostic vital). Rien de tel avec Mam’zel Bou, qui assure les apéros-spectacles du Grand Rond jusqu’à la fin de la semaine avec un « Concert sans gluten » garanti sans OGM, mais farci de CMM (chansons musicalement modifiées). Bon, il faudra bien entrer, voire payer à la fin – à la tirelire, variante du chapeau propre au lieu – et l’on a le droit de s’asseoir s’il reste des chaises libres. Mais pour le reste, le public est prié de laisser au vestiaire sa passivité habituelle que seul l’applaudissement vient rompre, puisqu’il lui revient de choisir à quelle sauce il va pouvoir manger. Par l’oreille.

Sans Gluten

Tel est en effet le principe : l’auditoire sélectionne un plat principal dans un menu mis à sa disposition, et l’artiste se charge des hors-d’œuvre et du dessert. Bref on choise, on chante et on recommence, au fil d’un concert zakouskis-tapas-mezzé des plus roboratifs. Et le choix de mets est vaste. Il y a là du turc et du bengali, du franchouillard et de l’anglophone, de l’hispano et du landais, du yougoslave, du grec, quoi encore ? De l’andouille et du yahourt. Du jazz et de la java, de la variétoche à vibrato outrancier. Du grignotage et de la franche lippée. Du lyrique de cantine et du ragtime de speakeasy, de la maloya rieuse et des tristesses bulgares. Piaf chantant le générique de Goldorak. Dom Juan imbibé au petit vin blanc. Trois singes, un hibou (coucou !), un grand cerf dans sa cabane. Et l’on en passe.

 

« Les moments d’insouciance ne se vivent que sourd »

A chaque soir un concert différent, donc, selon le goût des convives présents et l’inspiration du chef, qui n’en manque pas. Car Marlène Bouniort, alias Mamzel Bou sous sa faluche cousue main, a le goût éclectique, la voix versatile et une propension certaine au multi-instrumentisme, comme elle le démontre par ailleurs auprès des pitchous dans l’increvable Blblbl, trois ans de succès au compteur et ce n’est pas fini.
Ceux qui ne la connaissent pas – ou ceux qui n’avaient goûté qu’à la version piano-voix des débuts – la découvriront donc batifolant entre clavier, kazoo, looper, percussions diverses et objets à son plus ou moins identifiés ; chantant ici à voix de rogomme, là dans le meilleur goût lyrique, adoptant les gimmicks de la chanson réaliste de naguère ou celles de la comédie musicale contemporaine ; et toujours jouant, théâtrale un peu, facétieuse beaucoup, puisque la demoiselle est comédienne largement autant que musicienne.
Ce soir-là, le menu était marqué de saveurs venues de l’Est de la Méditerranée, alourdies ici de bonnes platées de not’ terroir, relevées là de comptines acidulées et de fraîches gaudrioles dans l’ambiance sans chichi des tablées conviviales. Qu’importe, donc, si les couverts sont dépareillés autant que les chaises : la table est bonne, l’hôtesse accueillante et pétillante à souhait. Voilà qui mérite bien qu’on joue un peu les pique-assiette.

Jacques-Olivier Badia









Djeyo – Le Clou dans la planche

10 & 11 mars 2020
Théâtre du Grand Rond