Voici revenus les dilettantes à courtes pattes pour une nouvelle saison jeune public au Théâtre du Pavé... Et pour la première, un spectacle de la compagnie A Pas de Louve étrenné cet automne au Grand Rond, où l'on retrouve le comédien/musicien Ludovic Beyt (mieux connu en Frère Ribouillot et
Pour que plus jamais ça), les comédiennes Corinne Mariotto (
J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne de Lagarce, la saison dernière au Pavé) et Sylvie Millet (
Antigone du Poitou), tous trois bien installés dans la Ville Rose et son théâtre – habituellement plus adulte, toutefois. Inspiré de l'ouvrage éponyme de Catherine Pineur,
Tête à l'envers se situe dans un monde où tout se mélange : les sons, les corps, les âges, les objets et les (mauvais) rêves.
A propos de monstre dans le placard
Sont-ils des enfants, des adultes, ces trois qui entrent en couleur, leur bébé est-il petit frère ou progéniture ? Le flou reste total puisque les soucis autant que les rêves se fichent bien de l'âge pour agir au plus profond de nous. Trois personnages, donc, font part de leurs émotions, des traumatismes nés de leurs cauchemars, mais surtout de la manière de chacun, des techniques et des petits trucs mis en œuvre pour déjouer le vilain tour de cet imaginaire effrayant.
Illustrés par des espaces tels qu’une armoire aux interrogations multiples, à la fois placards à monstres et transports en tout genre, ils se révèlent comme une pâte façonnable aux gré des circonstances, aussi exploités que la musique qui se dégage des multiples instruments présents sur scène.
Des paroles d’enfant racontant leurs rêves se mêlent aux petites percussions tonales ou au piano jouet. Une musique au contexte enfantin, sans pour autant creuser dans l’infantile... On y entend des sons électroniques, des chansons parfois ironiques – "une chanson douce / me foutait la frousse..." – ou autres comptines à base de cauchemars et d'oreiller noir pour endormir le petit.
"Et toi, t'as quoi pour te rassurer?" Les méthodes fusent dans tous les sens et la parole se défend comme un beefsteak ! L'une se sert d'un gant appelé Doudou, l'autre d'une boîte à musique, la dernière de la chaussure de son grand frère. Bref, le matériel est à l'honneur plus que la méthode Coué.
Défense de l'escrabougnassage
Mais se rassurer ne suffit pas aux trois zigotos, il faut surtout se débarrasser définitivement des cauchemars. Pour cela, on agit d'abord, on discute ensuite. Des armes terribles jaillissent, issues sans exception de l'artillerie familiale. Tous les ustensiles de cuisine y passent, de l'essoreuse à salade à l'écrase-patate, sans oublier le mixer ou l'aspirateur de table – une vraie complainte du progrès, Vian l'aurait appréciée. Une fois les cauchemars capturés, "trouilletés", "escrabougnassés" et réduits en miettes, ils sont placés dans une enveloppe, puis dans une boîte, puis dans le tiroir d'une autre boîte sur laquelle est inscrit "renvoyé pour toujours". Et hop, retour à l'envoyeur!
"Parfois, quand je rentre de l’école, maman à la tête à l’envers." Une vision analytique plutôt rigolote et, vue par le bambin, pas aussi naïve qu’on le croirait. Et les problèmes des grands, alors ? Toujours présents... La solution du tiroir "Renvoyé pour toujours" se partage, maman écrit ses soucis et les oublie jusqu’aux prochains. Le bébé dans son landau pleure et devient la source d’inspiration sonore et blablateuse des personnages qui déroulent, parfois à l’excès, leur tracas et antidotes associés.
Une morale, une leçon ? Pourquoi chercher jusque-là ? La recette pour contourner ses soucis est sympathique et suffit bien au bonheur de tous.
||Quentin Daniel