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L'écho du brigadier

Critique

Nosotros podemos el mundo Théâtre du Grand Rond



L'hirondelle donne le tournis



Publié le 09 Juin 2011

"Où se posaient les hirondelles avant l'invention du téléphone ?"
Grégoire Lacroix, Les Euphorismes de Grégoire

N'en déplaise à Aristote, son Ethique et Nicomaque, il fallait une hirondelle à ce printemps commencé dans une chaleur estivale, poursuivi sous une drache presque automnale. Y a plus de saisons, mes bons m'sieurs-dames... Et voici que l'aronde s'est posée au Théâtre du Grand Rond, à l'heure où les pioupious trempent le bec dans la flaque, perchant d'ici à là et battant de toutes ses minuscules ailes tandis qu'un échevelé fleuri massacre les élisions d'une chanson suisse – "Jusque à la fin de les jours (...), je veux faire le amour." Osera-t-on dire décalé ? Pour le moins, comme tout ce que le curieux entendra/verra de Nosotros Podemos el Mundo.

"Mer forte à très forte. Averses."

Pas question d'hirondelle, pourtant, alors qu'arrive le pas encore échevelé Niconito par l'entrée du public, un gobelet en plastique à la main lui tenant lieu de percussions, bientôt de porte-voix improvisé pour mieux goualer "dans un an peut-être je serai grand / hier encore j'aurais cinq ans." A ses basques l'hirondelle future, claquant en rythme du talon et du pied de chaise jusqu'à ce que la guitare attaque sa partie d'un son tout ce qu'il y a de plus pop & rock.
Ainsi commence la révolution heureuse, celle par laquelle connaître le bonheur "tous les jours de sa vie, si c'est possible" : comme "oune histoire fantastique qui commence comme oune introdouction", avant de repartir dans une manière de pop saturée à voix brisée, exhortant à la folie, implorant le coeur de reconnaître – mais quoi, on ne le saura pas – achevée dans un gargouillis indéfinissable de notes électriques vite échangées contre celle d'une ode aux joies de la piscine le vendredi. Swimming Friday, c'est bien ça... Au fond, à peine visible sous son bonnet noir et ses Ray Ban vintage, un accroupi à bubble-gum prend une bassine en plastique pour un tom de batterie, non sans tripoter à l'occasion les potards de quelques discrètes machines à faire des sons bizarres.
C'est alors que vient voleter l'hirondelle de la chanson suisse, de table en table au son d'un... blues folk amoureux ? on va dire ça. Que suit tout un fatras de trucs et de machins musicaux accompagnés de danses inopinées, commentaires saugrenus, gambades et l'on en passe : échos de concert électro, "pa-pa-pa pa-ram", distorsions métallo-punkoïdes, élégances de pop sixties, météorologie marine, tintements de sillet, égosillements, orientalismes électrifiés, totem total, chanson d'amour, sautillements dansants et tchacatchac sur plastoc. Une fleur dans les cheveux. Artificielle.

"C'est quelque chose qu'on s'attend pas, hein ?"

On l'aura compris, Nosotros Podemos el Mundo, spectacle et formation à la foi, se décrit assez difficilement. Ce qui, somme toute, est assez normal pour le projet d'un guitariste qui décida un beau jour de juillet 2008 de bricoler une chanson par semaine, de l'écriture à la diffusion en passant par tout le reste, sans négliger pour autant son boulot de graphiste ou les joies du Polaroïd par portable interposé. Ça en fait, des choses à faire, même lorsqu'on a l'esprit pluridisciplinaire... Mais elles furent faites. Puis vinrent s'ajouter Thamilde (derrière laquelle on supposera sans trop de risque une Mathilde contrepétée), chanteuse-gambadeuse et hirondelle de rencontre, et Klauz, percussionniste mutique et bidouilleur de sons. Nosotros etc. était devenu groupe.
Un groupe bizarre ? Soit : un leader parlant avec faux accent espagnol, chantant anglais et s'oubliant en français ; un esprit rock gratteux tendance pierrot lunaire ; des paroles la plupart du temps incompréhensibles sous des titres loufoques (Vieille classe skateboard zone, ça vous parle ?), le reste du temps poético-énigmatiques en diable – "tu pleureras ce que tu veux / mais je vois tes tempes encore gonflées à mes joues" ; une dandineuse de popotin n'aimant rien tant que déchirer sa conduite et offrir au public ses coeurs de papier que les bambins ramassent avec excitation. Et, de façon générale, un refus assez net des conventions de la chanson française ou pas au service de la révolution heureuse et de la liberté d'être et faire un peu ce qu'on veut.
Alors bien sûr c'est parfois un peu brouillon, aux grés et malgrés de l'inspiration improvisatrice de Niconito et ses comparses. Mais le télescopage de l'énergie rock et d'une poétique songeuse fonctionne à plein, ouvrant la porte sur on ne sait quels horizons pour des voyages aux points de fuite. En voiture pour le monde qu'on peut... ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
Spectacle musicalNosotros podemos el mundoAvec Niconito (Nicolas Froment), Thamilde et Klauz.Le 09 Juin 2011, à Durée : 1h.Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 ToulouseMétro ligne B - Station François VerdierTél. 05 61 62 14 85 http://grand.rond.free.fr // contact@grand-rond.org