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L'écho du brigadier

Critique

Rituel métallique Le Vent des Signes



Le chant des structures



Publié le 27 Mai 2011


On la connaît passionnée, Anne Lefèvre en est plus follette encore que d'habitude : au mitan de l'impasse de Varsovie, son théâtre Le Vent des Signes bruisse et vibre d'excitation alors que s'y déroule le premier festival des résidents du lieu, Do it, show it, réunion de comédiens, danseurs et musiciens qui y travaillèrent durant ces trois dernières années. Contemporains, tous, explorant des voies plus ou moins défrichées aux abords souvent difficiles. Forcés (quoique consentants) à l'improvisation, à l'expérimentation, au bonheur de l'invention et au risque de l'échec. Donnant tous à voir, entendre et ressentir en dehors des clous, comme le faisait deux soirs durant le compositeur Grégory Marteau avec son Rituel métallique pour structures sonores Baschet.
Rien de plus étonnant que ces instruments-là, rares exemples d'innovations acoustiques du XXe siècle créés à partir des années cinquante par les frères Bernard et François Baschet – un musicien-acousticien, un sculpteur – qui envahissent la scène du Vent des Signes. Ce ne sont que ressorts rigides ou ployés, tiges métalliques parallèles, barres, cordes ou disques posés sur des cônes d'acier, claviers de verges de cristal et flammes de tôle brillante, tous créés pour obéir aux exigences d'une recherche portée vers l'esthétique formelle autant que vers la création sonore. Grégory Marteau en a tiré ce rituel en cinq mouvements où se mêlent composition électroacoustique et improvisation aux structures sonores ; suivi, à l'occasion du festival, des improvisations pour tôle à voix, cristal Baschet et contrebasse concoctées avec Cathy Tardieu et Joël Trolonge.
En donner une idée est une gageure. De fait, "métallique" est bien le premier mot qui vient à l'esprit à l'écoute de l'oeuvre : métal vibrant d'allers-retours sur tiges frottées ; métal profond de bourdons lointains ; métal encore d'échos, de tintements, de claquements dont le silence conserve longtemps la trace. Métal doux lorsque touché par la chair ou le bois d'une petite mailloche ; métal froid et sec lorsqu'il claque du choc d'une tige fine ; métal pleurant sous l'archet, tintinnabulant, crissant, éperdu de lamentations et de ululements de sirènes.

Cycles

Quoique bien présente, l'harmonie au sens classique y compte moins que son esquisse, l'atmosphère et les sentiments qu'elle fait naître. Tant de métal impose presque par force l'image première d'un univers mécanique, l'angoisse indéfinie, l'impulsion d'un mouvement contrôlé échappant à l'indétermination humaine, traversé pourtant de ruptures acausales. Autant de sentiments, d'images et d'émotions que contredisent plus loin les nappes évanescentes de sons lisses et doux, les pépiements exotiques d'un monde rendu à la nature, d'apaisants bruissements, des choeurs distants. Puis des crissements de machines lancées à pleine vitesse, des vrombissements électriques, le crescendo-decrescendo de masses sonores sableuses ne conduisant qu'au silence. Plus tard, plus loin, ailleurs, l'improvisation en trio mêle bruits d'eau et clapotements de bouche, tapotements sourds, gémissements cristallins au sautillement follet de galipettes percussives, aux éclats de la voix amplifiée par une flamme de métal dans une invasion de spectres piaulants.
Déroutant. Imposant l'écoute. Démontrant, s'il en était besoin, combien la musique dépend de perceptions, d'interprétations et de ressentis hautement variables selon les individus. Cet auditeur-ci en garde un sentiment général d'angoisse, d'inquiétude, de trop-plein sonore adossé au vide du silence. Le compositeur, lui, s'est appuyé sur la tradition spirituelle bouddhiste pour construire cycles et boucles visant à l'effet hypnotique, à l'apaisement, un mouvement vers la vacuité porté par l'objet sonore concret, du complexe à l'épure jusqu'au néant serein. Autant dire que si la musique de Rituel métallique imposait sa puissance d'évocation, ses résonances restèrent finalement propres à chacun. A l'inverse, l'improvisation en trio aura laissé peu de place à l'imagination, au profit d'un travail plus purement esthétique et abstrait de toute interprétation. Et le tonnerre d'applaudissements final, lui, aura réuni tous les auditeurs dans un même fracas... ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
MusiqueRituel métalliqueComposition et interprétation : Grégory Marteau
Avec Cathe Tardieu (cristal Baschet)
et Joël Trolonge (contrebasse)
Le 27 Mai 2011Le Vent des Signes6, impasse de Varsovie - 31300 ToulouseMétro ligne A - Station Saint Cyprien RépubliqueTél. 05 61 42 10 70 // Fax : 05 61 42 10 70 http://www.leventdessignes.com // contact@leventdessignes.com