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L'écho du brigadier

Critique

Compact Le Vent des Signes



Le dédale de Mnémopolis



Publié le 18 Mai 2011


Le Vent des Signes accueille un spectacle dignement  perturbant, adaptation théâtrale de cet ovni littéraire qu'est le roman Compact de Maurice Roche. Pour y pourvoir, le comédien Claude Merlin, en qui on reconnaitra entre autres l'amoureux des textes de Novarina. Peut-être y aura-t-il des connaisseurs de Maurice Roche pour crier à l'attentat : cette écriture éminemment visuelle, dont la typographie frôle le calligramme et ouvre le champ des significations, serait ainsi arrachée à l'espace de la page pour être livrée à la précision, la résolution de l'oral ? A l'évidence oui, et du reste l'auteur lui-même l'a déjà tenté. Mais gardons en tête ce mot, espace, car il n'est de loin pas perdu.

Sombre cantate

Différentes voix – autant d'occasions de récits et de monologues – se nouent, se dénouent, surgissent individuellement (par la mince insertion d'une phrase parfois) mais se font écho, intègrent, à la façon des mouvements d'une cantate,  le tout compact du roman. Ne le cachons pas, il faudrait avoir une grande connaissance de cette hydre littéraire pour en suivre le dédale. Hermétique, l'œuvre le reste assurément si l'on se contente de ce seul contact théâtral, tant est dense l'écriture : à peine est-on retenu par la compréhension d'une phrase que la plume de l'auteur nous a amené fort loin.
Des thèmes s'entrecroisent, se rassemblent autour d'une problématique commune : l'incursion intime, en soi-même et comme fatalement en l'autre. L'infirmité devient obstacle fertile, enjambé douloureusement par le souvenir, l'imagination. Tu perdras le sommeil au fur que tu perdras la vue. Tandis que tu pénétreras la nuit, tu pénétreras dans la nuit de plus en plus profonde ; ta mémoire, labile déjà, s'amenuisant à mesure que — au sortir d'une longue léthargie — tu prendras conscience de ton état. C'est alors une espèce de cheminement dans la solitude de Mnémopolis, ville mémorielle, personnelle. Immobile dans une chambre, s'y promener pourtant : y déambuler en quête d'un lieu connu pour, ce trou de mémoire éblouie, t'y faufiler, en quête d'abord d'un nom (quel ?) dont tu épouserais les sinuosités… afin de faire corps avec la calligraphie puis t'assoupir enfin dans ce mot… et dormir — reposer en paix — dormir le plus loin possible.
Partant de cette prose poétique, le romancier irradie ensuite en tous sens, mêlant les registres comme les sujets, éclatant, morcelant, brisant à la manière des surréalistes cette matière follement désignée de compacte.

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"Mais on ressent l'étau de la nuit"

On est égaré, certes. On doit renoncer à raccrocher le bout de tous les wagons, assurément. On a laissé la traditionnelle fable loin derrière, que reste-t-il ? Bien des choses. Un comédien, tout d'abord, qui se fraie dans ce labyrinthe textuel un chemin plein de bonhommie, comme si l'exercice allait de soi : et vas-y que j'enchaîne, que je joue le sens du mot, même si celui d'avant avait une autre exigence et que celui d'après s'apprête à me transporter ailleurs encore. Des fragments désordonnés ? Pas tant : collés qu'ils sont sur les vêtements et les éléments d'un modeste décor, c'est déjà tout un jeu que de les trouver.
Admirable liant théâtral que rien, dans le roman, ne recommandait et qui fait beaucoup à la prestance d'un comédien livré en pâture à l'épars – rien de dépaysant pour Claude Merlin, cela dit. Les couleurs des papiers reprennent ici le procédé éditorial d'origine : afin que les différentes voix du texte soient distinctes, Maurice Roche les souhaitait en couleurs. Maculé de fragments et selon un choix visuel simple mais ingénieux, le comédien les fédère, les rassemble. Le tableau d'ensemble est d'une dérision...!
France David signe ici une scénographie contrastée : tandis que l'espace de jeu se réduit à peau de chagrin sous la modestie de deux lampes, le lointain écran où l'on projette des images ouvre un espace bien plus large – somme toute, celui de l'incursion. La bande-son joue un rôle similaire : tandis que Claude Merlin joue l'empêchement physique, remuant sur son fauteuil, au mieux se déplaçant autour, ce champ audiovisuel ouvre des perspectives… qui s'étrécissent de nouveau, puis se rouvrent.
Etrange spectacle que celui-ci, pour lequel il faut abandonner beaucoup (mais pas l'exigence). Accepter de se laisser emmener très loin dans ce dedans-dehors de l'homme. S'y laisser porter, ou rien. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
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Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ThéâtreCompactMaurice Roche / France David
Avec Claude Merlin
Images et lumières de Bruno Wagner

Le 18 Mai 2011Le Vent des Signes6, impasse de Varsovie - 31300 ToulouseMétro ligne A - Station Saint Cyprien RépubliqueTél. 05 61 42 10 70 // Fax : 05 61 42 10 70
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