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Critique

Le testament de Vanda Théâtre du Grand Rond



Un arrière-goût d'incendie



Publié le 15 Mai 2011


Après avoir monté le Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon, Franck Garric et Céline Pique renouent avec le poète-dramaturge pour un nouveau monologue tout récent, publié en 2009, présenté à la Cave Poésie et repris au Grand Rond. Il s’agit d’une parole testamentaire, celle de Vanda, grave et déterminée à en finir, qui de l’isolement de la cellule d’un centre de rétention délivre une ultime confession. Elle raconte un itinéraire qui s’apparente à une chute, une succession d’étapes où le malheur s’invite et écrase le beau, le doux et le facile. En effet le récit, reviviscence douloureuse de l’expérience de la guerre, de la migration et de la rue, entraîne le spectateur dans une zone de solitude glacée. On pressent déjà que trop d’événements malheureux pèsent pour ne pas la sentir condamnée.

"Dors, petite dors,

tu te réveilleras demain un soleil dans chaque main"

Cerné, le visage marqué de fatigue, altéré par le manque de tout, modelé par le masque souffrant de la vie dure, le nez rougi par les larmes ou par le froid qu’il fait soudain dans cette cellule, la voix grave de la comédienne prévient "attention, je vais commencer à parler", avertissant d’emblée le spectateur que le récit à venir va faire mal. Le dépositaire de cette parole est son bébé, petit être qu’on devine en fond de scène, dormant dans un couffin, qui ne peut pas plus lui répondre que la consoler de l’immense chagrin de vivre ainsi, ni ne parvient par le simple fait d’exister à calmer le dépit et la colère.
Le récit de Vanda fait basculer le spectateur au-delà de la ligne de partage entre le monde des riches et celui des pauvres, très loin du côté de l’extrême misère qui marginalise au plus haut point. Contrainte de fuir un pays en guerre où elle connaît l’assassinat de son seul amour et un viol duquel naît son enfant, elle déroule une "histoire épaisse de sang et de cris de terreurs qui raclent la gorge." Son exil en France s’accompagnera de l’expérience de la galère, du rejet, des fouilles, de la méfiance, des humiliations quotidiennes, dont elle fait un récit interrompu brusquement par le surgissement des figures persistantes et monstrueuses du passé.
Au milieu de l’insupportable, des îlots de douceur viennent baigner cette lourde confession : une comptine fredonnée à son enfant et des réminiscences de bonheur dans les bras d’Ivo, son amoureux. Mais le mal est fait et le malheur est là, dans le constat de déchéance de cette femme consciente de la crasse qui lui colle désormais à la peau – un mal qui  semble à la fois irréversible et incurable. Hors l’injonction faite à sa fille de vivre, nulle fenêtre dans ce destin avalé.

"Sur ton visage une vie neuve sans héritage"

Céline Pique s’empare de ce monologue d’excellente façon : avec solide tenue et formidable expressivité, dans une interprétation toujours très juste, sans forcer le trait ni être en deçà des mots. Pendant plus d’une heure, elle fait entendre le style d’écriture du dramaturge à l’économie brute et directe et, dedans, ses mots à bout portant, la haine et les larmes rances, la résistance d’une femme à l’espoir gelé.
Les souvenirs jetés à l’air libre touchent le spectateur, creusent des galeries jusqu’au point le plus sensible du cœur et vont jusqu’à produire un effet grandissant de suffocation. Pas d’effets de lumière, simplicité du dispositif – une chaise pliante, un sac de voyage un couffin – et l’actrice seule avec pour appuis sa diction, ses postures et son corps qui focalisent les attentions présentes et, surtout, le regard toujours impeccable placé là où il faut, à l’endroit de l’évocation.
Elle porte fiévreusement sur elle la force dramaturgique de la pièce, à ce point où le texte monologué est le lieu d’expression le plus étroit du solitaire. Par son sujet, il n’est pas simplement dévoilement de la souffrance d’une intériorité, mais aussi la chambre d’échos du politique et du social. La réussite est là, dans l’intensité de la tenue d'un monologue tragique qui reçoit la réponse de celui qui écoute dans le silence de la salle. ||
Katia Fallonne
Katia Fallonne
 
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Pierre Boé / Le Clou dans la Planche
Pierre Boé / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ThéâtreLe testament de VandaDe Jean-Pierre Siméon / Tékéli Cie
Mise en scène : Franck Garric
Interprété par Céline Pique
Le 15 Mai 2011Durée : 1h.Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 ToulouseMétro ligne B - Station François VerdierTél. 05 61 62 14 85 http://www.grand-rond.org/index.php?module=grandrond // contact@grand-rond.org