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L'écho du brigadier

Critique

Paamath *****



Senteurs



Publié le 10 Avril 2011

"Unis dans un même élan pour cette dernière messe, un voyage déchirant vers l’immensité ;
c’est la terre qui nous presse."
Paamath N’Diaye



Une venue simple et silencieuse. Paamath s’installe sur l’unique chaise "pour s’accorder ensemble". Une odeur bien connue, celle d’une effluence effilée rendant au sombre de la pièce les senteurs intimes de l’encens. Gainde N’Diaye, un solo dédié à son père Mor Gueye N’Diaye, concrétise l'alliance de mots français, de dialecte ouolof et buru - son langage de prédilection, dont le caractère occulte toute signification. Sa liberté, source d’inspiration pour le mélomane, en appelle ainsi aux sens et à l’émotion. Les amateurs le retrouveront jeudi, assurant la première partie de Sanseverino au Théâtre des Mazades pour le festival Détours de Chant.
 

Le long parcours

Né à Dakar, au Sénégal, Paamath délivre dans ses mots la perte, le vide. Ce conseil donné à tous de partir, face au chaos de notre existence, de nos faiblesses. Ce départ vu comme une ultime prouesse à nous consacrer comme un peuple errant. D’une sincérité à toute épreuve, il conte le récit d’un Toucouleur (peuple d’Afrique de l’ouest) lui dessinant la trahison, celle qui n’a pas d’odeur. Devant ces constats, Paamath ne tombe pas dans l’exclusivité d’une vision obscure, enfermée, mais éprouve et transmet le besoin d’un regard ultime sur les choses, d’une poésie du chaos, comme celle d’une Amarillys, simple et éphémère.
"Le spectacle et l’art comme le public et l’artiste sont intimement liés" : l’unification est un thème récurrent au sein de son répertoire, une invitation à la fraternité, à la paix, puisque ces sujets sont malheureusement des revendications d’une actualité brûlante. "Alors contre cela, il n’y a rien de délicat dans une petite promenade dans les bois ?" Une petite touche d’humour qui s’affiche par ses clins d’œil joueurs, de généreux sourires, ou sa manière de gesticuler sur les rythmes frénétiques de la musique.

 

Riche de peu

Accompagné qu'il est de sa guitare acoustique et d’un sampler, ses chansons sont parsemées d’ambiances incroyablement dépaysantes. Sa voix crée des harmonies, on y voit une petite chorale, comme lors des réunions d’église dans ces petits villages de brousses. Sa guitare est le témoin sonore de percussions, d’un mélisme de basse et de kora, le tout exprimé par un doigté purement africain, monopolisant le pouce et l’index de la main droite pour une danse incompréhensible du duo. Une voix profonde traversant les mélodies de guitare pour en revenir aux mots, légers, qui partagent avec le spectateur des chants et des images, des senteurs de karité en caresse, de joie de vivre.
"Ce OH, OH, OH que je chante, c’est pour vous, moi, je m’occupe de l’énorme affaire qui reste." Une manière simple de communiquer avec son public, d’osciller entre les dynamiques, d’utiliser l’espace scénique et sonore. Détournant les objets mis à sa disposition de leur fonction première, comme le micro devenu percussion, son spectacle est, en fait, riche de peu. Cet album sorti sur le label Mosaïc Music est le quatrième à son actif, mais le seul disque retraçant le nouveau répertoire de son spectacle. À découvrir sans plus tarder. ||
Quentin Daniel
Quentin Daniel
 
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Renseignements pratiques
ChansonPaamathMusique et chant : Paamath N'DiayeLe 10 Avril 2011*****