Kaspar Hauser ou "L’orphelin de l’Europe". Kaspar Hauser comme origine, fil d’un solo dansé. Kaspar Hauser et Claudia Flammin : deux fondements de
Maille à partir, qu’accueille la MJC Roguet. Une maille à partir de l’histoire de cet adolescent trouvé un jour de 1838 sur une place à Nuremberg. La société est embarrassée de ce jeune homme qui apprend assez vite. Il est tué quatre ans après son apparition par un inconnu. Ce n’est pas tant la polémique autour de ses origines nobles ou non, ni les détails de sa vie, qui intéressent Claudia Flammin et Youness Anzane (dramaturge) que l’animalité de cet enfant sauvage, son enfermement. De là, les mailles se tissent et donnent naissance à quatre portraits : Claudia, Viola, Vida, Gloria.
Bombe, chaîne brisée, boulet et barreaux
Déjà là lorsque le public arrive, elle impose rapidement l’attention, tout en restant simplement allongée. Des mouvements de l’enfance apparaissent, ceux d’un mouvement organique, celui du large sourire que le personnage de Claudia donne à voir. Vient assez rapidement le guide de survie. D’une grande voix claire, le texte est projeté vers son auditoire, préconisant la pratique de la méditation en cas d’asservissement. Les situations s’accumulent, les recommandations naïves de Claudia-personnage aussi tandis que se dresse le piège, une maison de fil proposant une sécurité illusoire.
La vidéo coupe le spectacle en quatre parties distinctes à l’aide d’une image et d’un nom projetés dans le noir. Viola, aveugle, installe une atmosphère plus grave, avec une lente descente au sol, lente déliquescence transformant l’espace-temps. Les impulsions naissent doucement de la fluidité, créant une impression de découverte de l’usage du corps, de mouvements naturels bannis par la socialisation.
Entre ensuite, après le chemisier vert de Claudia, le débardeur tricolore de Viola, Vida en survêtement rouge et pull gris. La vie traîne le cadre socio-culturel, la pauvreté d’un langage gestuel comme un boulet ; et le caïd mâche et hache un vieil espagnol. Comme Kaspar Hauser avait dû assimiler le langage, la danseuse se heurte à l’apprentissage de cette vieille langue ; et l’on sent la fragilité du texte dont le rythme saccadé, le ton presque revendicateur, collent mal avec la marche tranquille du moment.
Tout comme Vida enfermée dans son environnement, Gloria a pris un mauvais chemin et lentement se désagrège, jusqu'à ce que ses sauts de joie de sportive victorieuse deviennent comme les sursauts d’un papillon de nuit contre une lampe trop chaude.
Kaspar Hauser, prétexte et sous texte
Tous ces êtres sont enfermés et acculés dans une impasse mentale ou sociale, l’animal blessé surgit en eux. Point de départ du solo, l’histoire de l’orphelin de l’Europe est rapidement dépassée au profit d’une problématique plus vaste. Cependant le spectacle ne tombe pas dans un universalisme anonyme et sa figure reste dans la mémoire tout au long du spectacle.
Malgré les émotions qui apparaissent, la petite bête du spectateur occidental cherche parfois la question du sens, qui parfois reste en suspension. L’évolution s’esquisse mais ne semble pas avoir lieu entre ses portraits, liés par la même recherche d’organicité, le même fil qu’est Kaspar Hauser. Ils restent très dépendants les uns des autres, n’aidant pas l’éclosion du tout, de l’ensemble. Cependant
Nuclear Cloud de Laurent Paris et Elisa Tocmé lient les deux premiers portraits et les jeux de lumières installent une ambiance tout au long du solo dansé.
Peut-être faut-il se laisser guider par les sensations du corps que provoque ce quatuor, et lâcher l’interrogation du mental au profit de la beauté de la performance.
||Morgane Nagir