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L'écho du brigadier

Critique

Barcella *****



Petit zizi



Publié le 04 Février 2011


Aussi rémois soit-il, chansonnier et non rugbyman, Barcella semble avoir pour Toulouse une affection certaine. Il faut dire que la Ville Rose lui a déjà fait bel accueil en d'autres occasions – un précédent festival "Détours de chant !", un passage au Bikini ou, un chouia plus loin, au festival montalbanais "Alors... chante !" Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'il ait exprimé son plaisir sans ambages, il y a un an, au Bijou où il se produisait encore et une nouvelle fois pour "Détours de Chant !" Et le public le lui rendit sans compter – car il le vaut bien, comme diraient les bimbos surplâtrées de Lolo Réal. Comme par hasard, il revient pour Détours de chant ! 2012, jeudi, avec Les Malpolis et à La Dynamo cette fois.

"Faudrait pas prendre le cul d'pépère pour une tasse à café"

Grand (1m87), poilu de menton et couvert d'une veste improbable de tambour-major à la retraite, Barcella a l'inspiration éclectique, dans le fond comme dans la forme. Après une belle introduction instrumentale servie par un accordéoniste aussi talentueux que mutique, Barcella enchaîne en effet le vrai-faux slam à calembours vaseux d'un poisson d'avril sur thème forcément poissonnier – "dis-nous où tu plancton shit ?", pour exemple parmi cent – avant d'en venir au vif de ses nombreux sujets.
Car tout d'même, "faudrait pas prendre le cul d'pépère pour une tasse à café", comme l'affirme le poète... Ce qu'on raconte aux enfants pour les faire tenir sages ? Sornettes, inepties, balivernes, sottises. Toutes les bonnes raisons qu'on se trouve pour coller Mémé en maison de retraite, oublieux de l'amour et des gâteaux qu'elle prodigua toute une vie durant – "on a mis Mémé un p'tit peu d'côté / en attendant d'la mettre en terre" ? Une honte à peine avouée, allez, "fais tourner la vie !" La masculine, délicate et pierre-perretesque question de la taille du zizi, lorsqu'il est petit ? Somme toute cela se vit bien, du moment qu'on sait quoi répondre à la reine du lycée daubant la modestie du trémolaire bougnazé cher à Frédéric... Dard.
M. Propre, ce parangon d'homme au foyer : "C'est juste que ma femme est morte." Les monstres de la nuit, l'araignée, Rodolphe le fantôme du grenier et Alfred l'ogre du placard ? Ben,"j'vous rappelle qu'au départ j'allai faire pipi" – et que les cris de peur se poussent en la et non en ré mineur. A la tierce, si possible. Et mieux vaut ne même pas évoquer la torture des cahiers de vacances, la difficulté du suicide par le haka maori, ces chaussures de coeurdonnier qui ne cessent de changer de pieds, la poésie triste de l'ennui, les petits chagrins d'amour... Ou Babar, qui fait kiffer les filles.

"Assis le cul sur une chaise j'entends jouer les mauvais élèves"

On l'a compris à ce qui précède, Barcella est essentiellement un gosse – de 30 ans, d'accord, mais un gosse quand même. Gentil gamin, petit merdeux, bambin rêveur, pierrot timide, éconduit tout gêné selon le cas ; marmot toujours, sa bulle d'enfance mal coincée dans un monde trop grand.
La chanson française de ce chanteur-français là est donc d'abord chanson de textes à l'ironie prononcée, à l'autodérision méchamment goguenarde, au coup de quenottes rieur mais caustique. Avec ce qu'il faut d'incursions en terres de tendresse et/où de poésie, sans lesquelles il n'est pas de chanson française digne de ce nom, au son de l'accordéon sans lequel il n'est pas non plus et patata. Excellent d'ailleurs, l'accordéon d'Olivier J'ai-oublié-son-nom : souple et agile, fin de mélodies et riche de tonalités suffisamment éclectiques pour échapper au sempiternel trio jazz-valse-java. Merci.
Ce par quoi Barcella, outre la qualité de ses textes, échappe vraiment au trou commun des chanteurs-français tient à... trois points, à vue de nez (sic). Ainsi, à l'intrusion peu attendue d'un esprit slam-rap dans un style qui relève indéniablement du goût "chanson française" (en passant sur l'indéfinition fondamentale de ladite), et qui se manifeste autant par certains tempos cachés que par la gestuelle de MC posée sur ces flows et beats fort éloignés de ceux du hip comme du hop. Sans même évoquer une diction infernale de précision grâce à laquelle il peut se lancer, ici et là, dans d'inimitables débagoulis où tous les mots restent compréhensibles malgré une vitesse de défilement d'outre mur du son...
A un goût manifeste du théâtre, ensuite, qui le pousse à jouer en permanence, avec son accordéoniste de préférence, moins pour caractériser un personnage que pour définir l'ambiance et les contours d'un monde qui n'est que le nôtre, mais vu par son oeil brillant de malice.  Un duo dominant/souffre-douleur qui ramène le nostalgique au doux temps du burlesque muet.
Mais surtout à ceci : Barcella est un showman. Un pur, un vrai, une bête de scène qui prend le public par la main dès son entrée sur scène, le fait chanter, rire, claquer des doigts, chercher la tierce, trouver ça bien, scater, hurler de fausse trouille, quoi encore ?... Bon, le mieux est encore d'aller voir. Mais un chose est sûre : son petit zizi, Barcella le vit bien, très bien sous sa petite guitare. Sale gosse, va. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
Djeyo / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ChansonBarcellaAvec Barcella (guitare, ukulélé, chant) et Olivier (accordéon)Le 04 Février 2011*****