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L'écho du brigadier

Critique

Black'n'white Rythm *****



'It ain’t mean a thing
if you ain’t got that swing'



Publié le 13 Février 2010


Né de la volonté d’adapter sur scène une histoire du jazz d’Evelyne Jean, Black & White Rythm est un projet regroupant musiciens, danseurs et acteurs, qu'on reverra vendredi au Théâtre Musical de Pibrac. Sur la jaquette, il est question de théâtre chorégraphié. Expression assez obscure, je pencherais pour ma part pour le spectacle musical dans la veine des Gumboots, Stomp, Umoja ou encore African Footprint, toute chose étant égale par ailleurs. Le principe est simple et rompu à la planche : une histoire sert de fil rouge à l’évocation de styles chorégraphiques et musicaux passés.
Au menu donc de cette pièce écrite par Evelyne Jean et mise en scène par Caroline Bertran-Hours, Ladji Diallo dans le rôle de Black Man et Benoît Jegou dans celui de White Man (toute ressemblance avec les musiciens de Paris Blues est tout sauf fortuite) donnent le change aux danseurs de la compagnie Tagada Swing Swing et aux musiciens du Jive Sextet.

Musique et souffrance

New York vers la fin des années 1930. Entre deux sets, des musiciens parlent business dans les coulisses. Le blanc est le leader et, à ce titre, s’occupe des cachets des musiciens. Aléas du spectacle ou injustice aveugle, le noir n’a pas été payé pour la musique qu’il joue et qui fait remuer la panse du blanc. Constat : les blancs vivent de la musique de ce peuple qui a fait de la musique pour vivre.
Le cadre est dressé, le fil conducteur du contentieux entre les deux musiciens mène aux sources non seulement de la musique noire, préfiguration du jazz, mais à l’esclavage, à la ségrégation et à la discrimination des noirs en Amérique. Musique et souffrance, voilà lancés les thèmes : des champs de coton aux bouges de la Nouvelle-Orléans en passant par le chant des negro spirituals des églises chrétiennes, le chemin de croix de la musique noire aura à se métisser à la musique blanche pour se transmuer en jazz : Black Rythm et White Harmony, sorte d’Ebony & Ivory théâtral culminant dans les succès commerciaux du swing et des orchestres mêlant musiciens blancs et noirs à l’instar des Benny Goodman & Teddy Wilson ou Lionel Hampton & Charlie Christian.
'Bon allez, le passé c’est du passé. Laissons nos rancunes dernières nous et profitons bien de la manne de la musique noire.' En substance, au rôle de White man les idées mâtinées de post-colonialisme avec ses 'l’harmonie [blanche] mit de l’ordre dans tout ça.' Black man, lui, c’est le héraut de la musique afro-américaine, son représentant et défenseur en sa qualité de ministère public, qui accuse le blanc de reproduire l’asservissement de ses frères et d’aliéner leur musique à des fins de blancs.

Un peu de traîne

Bon, vous l’aurez compris, les historiens du jazz et défenseurs de la cause afro-américaine en auront pour leurs deniers, quoique le ton des acteurs, poussif et surfait, fasse du réquisitoire une véritable litanie où le besoin de victimisation le dispute aux raccourcis historiques. Attention, pas de malentendu ! Il ne s’agit pas de minorer l’exploitation des Noirs par les Blancs, mais de là à en faire une image simpliste surfant sur la vague de mea culpa des causes déjà gagnées…
Heureusement, l’énergie des musiciens et des danseurs rattrape la partie théâtrale souffrant d’un contraste de jeu entre les deux acteurs : entre le noir véhément et le blanc sur la 'déflansive', pas de juste milieu, un vide qui ne tarderait pas à happer la pièce si on ne basculait pas en moins de deux dans la partie chorégraphiée. Du coup, on passe de la litanie au boogie, des acteurs aux danseurs et l’ambiance s’en ressent d’autant plus.
Eh oui, de rythme, Black & White Rythm en manque quelque peu. La présentation de la pièce et le style docu des premiers tableaux traînent un peu en longueur quand le dernier quart d’heure, le plus efficace, se dépêche d’achever le spectacle en un feu d’artifice de danse et de musique sur la période de l’âge d’or du swing et des grands orchestres. Charlie Parker, à peine évoqué par des airs be-bop au saxophone, est tout de suite évincé pour ne pas gâcher le plaisir des danseurs enragés.
Toutefois, ce jugement ne doit pas entacher l’ambition d’un spectacle comme celui de Black & White Rythm de rivaliser en énergie et en moyens avec les grosses productions (voir supra) mondialement connues. D’ailleurs, le public était au rendez-vous et le succès de cette pièce de théâtre chorégraphié ne sera pas démenti tout au long des trois jours de représentation. ||
Christophe Lucchese
Christophe Lucchese
 
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Camille Chalain / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Théâtre musicalBlack'n'white RythmMise en scène : Caroline Bertran-Hours.
Direction d'acteurs : Frédéric Lecomte.
Scénario : Evelyne Jean.
Chorégraphie : A-H. et B. Casava, J-Ch. Zambo.
Musique : Michel Itier et le Jive Sextet.
Costumes : Elodie Gabreau.
Avec L. Diallo, B. Jegou, M. Vallardes, F. Ravetier, F. Jaouali, H. Martin, V. Lokossou, J. BeRtrand, G Serbie, L.Flore. Chant : L. Deedee et J-C. Zambo. Danse : Tagada Swing Swing.Le 13 Février 2010Durée : 1h15. *****