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L'écho du brigadier

Critique

Chansons pour rien Théâtre du Grand Rond



Le piège d'une voix caressante



Publié le 01 Juillet 2008


Paraît-il qu’André Le Hir n’est pas un chanteur, ni un pianiste, ni un chansonnier ; paraît-il que ses "chansons pour rien" sont des riens du tout sur des pas grand choses. En attendant, il est bien là, derrière son piano, dans la salle chaleureuse du Grand Rond ; de l’atèle de sa main gauche émerge en rescapé un index tremblotant, qui va avoir bien du travail. Le Hir termine sa cigarette avec un air gourmand ("moi, j’ai le droit "), souffle dans le micro quelques mots timido-séducteurs, pose ses mains diminuées sur le clavier, et c’est parti pour une ronde aux (plus ou moins) petites choses.

"On s’est tout dit : on s’dit plus rien"

Trêve d’humilité, cet homme-là chansonne bel et bien ; on trouve, à l’écouter, quelques mots bien pensés et mal pensants à se mettre sous la dent. Quelques uns dédiés aux pénombres de ce monde, aux grandes averses où "il pleut des morts", des drames : "pense toujours un plus un, n’en fais pas un lot", conseille le chanteur. Quelques autres qui semblent se poser sur ses propres zones d’ombre, dans des confrontations avec sa "ricanante moitié".
Et surtout, un galop de mots cyniques pour le thème qu’il se plaît à martyriser : l’Amouuur, cette vaste blague qui ne fait rire qu’après coup. "Les petits bourgeons d’amour pleins de promesses autour, on ne nous y prendra pas", ça non. Et plus terrible encore que les promesses non tenues : les réussites, les perfections amoureuses dans un quotidien bien net, où l’ennui éclot en nouveau bourgeon, belle moisson.
On attaque l’amour mais on l’aime quand même, à condition qu’il reste à l’échelle du jour, du moment : on chante "ramenez-moi chez vous " on plaide pour les rencontres hasardeuses, les grands feux d’un instant, avant que braises ne deviennent cendres ; les "brèves d’amour " dirait Ludovic Janvier, qu’André le Hir affectionne.

On nous aurait menti?

Derrière son clavier et son micro, ce comédien qui ne connaîtrait pas grand-chose à la chanson est à l’aise comme un poisson dans l’eau. Il le serait plus encore avec une main gauche valide, mais ce qui reste d’énergie et de propreté sonore est d’autant plus louable ; des compositions qui certes ne révolutionneront pas le monde de la chanson (là n’est pas l’objectif, on l’aura compris) mais qui ont le mérite de plonger l’auditoire dans différentes ambiances.
Et piano façon Le Hir, ce n’est pas tout rose, il faut bien le dire : les amateurs d’Arthur H retrouveront ici une solennité traînante, une nonchalance cruelle, où la voix s’apaise sur les notes de piano, jusqu’à la limite du chant. Un petit reproche : des ruptures de tonalités seraient les bienvenues, quelques sursauts joyeux, ou tout au moins des instants de douceur ; chanter les petits bonheurs n’est pas forcément niais. Car l’ensemble reste un peu triste, un peu gris.
Mais enfin, quelle voix, quel timbre ! Pas d’envolées lyriques, pas de prétention à un ambitus démesuré : une voix grave, douce, qui caresse incroyablement. Ceux qui connaissent André Le Hir en tant que comédien reconnaîtront cette façon qu’il a de faire le tour de chaque mot, avec un œil alerte et des sourires moqueurs qui semblent avoir pour vocation de rappeler la dureté du propos. Et ce contraste entre la voix et le fond du texte constitue le plus grand atout de son travail de comédien et de chanteur.
Voilà qui piège l’oreille très agréablement. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
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Renseignements pratiques
Chanson.Chansons pour rienDe et avec André le Hir.Le 01 Juillet 2008Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 ToulouseMétro ligne B - Station François VerdierTél. 05 61 62 14 85 http://grand.rond.free.fr // contact@grand-rond.org