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L'écho du brigadier

Critique

Ary Abittan *****



Comique de l'Abittan



Publié le 11 Novembre 2010


Ceux qui on vu Coko, la comédie made by Gad Elmaleh sortie en début d'année avant-dernière, se souviennent sans doute du personnage de Max (pas ce Clou-ci, qu'a pas vu l'film). Ceux qui, devant leur télé, ont suivi la série Saint-Ex, nos années pension, y ont peut-être remarqué la figure de Bobor. De toile en écran, d'aucuns réuniront s'ils le peuvent sous de mêmes traits un David tout court (Tu peux garder un secret ?), un Moshé Benhamou (Tellement proches), un David Fontana (Fatal), deux ou trois autres encore et ce grand brun mince qui flanque/ait l'animateur Arthur dans son émission Un soir avec Arthur sur la chaîne Comédie ! Soit Ary Abittan, "l'humoriste qui monte" comme diraient certains (on ne dit plus "comique" – trop péjoratif), surtout depuis que tourne et fort bien son spectacle A la folie, co-écrit avec Judith Elmaleh et accueilli jeudi à la Comédie de Toulouse.

"Ça swingue, hein ?"

Logiquement seul en scène pour ce one man show solitaire sans personne d'autre que lui, Ary Abittan s'impose à sa manière dans ce genre surreprésenté. Pas tout à fait stand up comedy, franchement pas marquée "social" (et "sociétal" seulement de loin), pas vraiment inscrite dans le sketch de situation mais guère plus dans un pur comique de réplique, slalomant habilement entre les ressorts les plus flagrants de l'humour tel qu'on nous l'inflige à tour d'écran, la galerie de personnages qu'il présente porte ses propres traits, ici décalés ou ambigus, rendus absurdes là par la gratuité, la brièveté et la récurrence plus ou moins directe de leur apparition.
Qu'on en juge : un amoureux dont la possessivité névrotique peut aussi bien être celle de l'amant tout frais que du conjoint en voie de largage sans parachute, mais en tout cas pas bien net côté ciboulot ; un chanteur à la rose de genre turc, dont on ne comprendra jamais l'effet bizarre que produit sur lui le mot "nilt" (transcription non garantie), puisqu'on ne parle pas ce turc probablement yaourtesque ; un caricatural sociétaire de la Comédie française à voix de stentor, écharpe blanche au col et tirades à la bouche ; un paranoïaque inquiétant en visite chez son toubib ; un ex-camé dealer de lavande ; une vieille bavassant après l'enterrement de 37 ans de voisinage avec Josiane ; quelques turqueries, arabismes, espagnolades et ritaletés ; et le fameux sketch de la demande en divorce – ceux qui ne connaissent pas le découvriront bien un jour.

"Misère, ben nous voilà pas les cuises propres..."

Ary Abittan aurait pu exploiter son expérience cinématographique et télévisuelle pour surfer sur une étiquette "comique séfarade" assez casse-gueule – essayez de surfer sur une étiquette, vous verrez... – surtout quand on fait à Paris la première partie de Gad Elmaleh. Au lieu de quoi son spectacle échappe agréablement à la convention en jouant sur des figures dont l'instabilité psychologique est souvent le trait le plus marquant, la plupart des autres se caractérisant, comme on l'a fait remarquer, par la gratuité mystérieuse de leurs interventions. L'alliance des deux joue jusque sur le rythme du one man show, alternant sans trop de régularité  saynètes, sketches stricto sensu et apparitions aussi subites que brèves ,selon un ressort de mise en scène pas si nouveau mais quelque peu tombé en désuétude.
Bref, l'ensemble fonctionne avec une efficacité d'autant plus plaisante qu'elle ne se laisse pas trop prévoir. Pour le reste, le comédien s'appuie sur des capacités bien utilisées et des qualités prometteuses : une belle voix souple, puissante et capable de bien des transformations ; un jeu qui, une fois n'est pas coutume, privilégie l'effet dosé et la mimique mesurée aux traits gras de la caricature dépassée ; et une indéniable présence (soit dit en passant, d'un impact particulièrement remarquable sur la gent féminine). S'il fallait vraiment pinailler, on regretterait seulement les déplacements un poil agités de certains sketches, comme hantés par la crainte de ne pas occuper suffisamment l'espace, et le risque de voir certains "trucs" à la répétitivité maîtrisée virer un jour au gimmick.
Il devait y avoir un fan club, ce soir-là. Après une bonne heure  de rire constant et généralisé venant d'un peu partout, la moitié de la salle la plus proche de la scène se leva comme une seule femme (oui, les hommes y manquaient un peu) pour une ovation assez rare dans nos cafés-théâtres et seul cas de stand up caractérisé de toute la soirée. La seconde moitié, plus barbue, resta assise, non sans applaudir avec enthousiasme toutefois.
Mesdames – d'accord, "et messieurs"... – vous n'aurez qu'un soir. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
HumourAry AbittanEcrit par Ary Abittan et Judith Elmaleh
Mise en scène : Judith Elmaleh
Interprété par Ary AbittanLe 11 Novembre 2010Durée : 1h10.*****