La Cie des Petits Chemins fait partie des habitués du Théâtre du Pont Neuf, côté jeune, voire très jeune public. Ce fut d'abord, il y a deux ans presque tout ronds, une aventure maritime pour tout-petits justement intitulée
Sur les flots ; puis, en février 2010, la création de
La dune dans nos valises, conte désertique du désir d'autre-part pour les deux à six ans.
Voici qu'après une nouvelle résidence dans les lieux, Catherine Mouton et Nicolas Jullian y créaient ensuite
Je viens avec toi : un très bref voyage, encore, pour ces rêveurs d'ailleurs, offert au départ à un large spectre de bambins de six mois à six ans, rallongé depuis de dix minutes et réduit de deux à quatre ans – et qui rappellera tout de même un peu, beaucoup, à la folie quelque chose à ceux qui iront le voir à partir de mercredi au Théâtre du Grand Rond...
Rappelez-vous : Elle et Lui rêvent de voyage. Elle, le nez au fond de ses livres, sous l'oeil tout rond du globe terrestre posé sur une malle ; Lui dans le vroum-vroum des petites voitures retrouvées au fond d'un tiroir, le tchouc-tchouc imaginaire du train électrique. A Lui le voyage, à Elle la destination...
Echappées. Comment pourraient-ils ne pas se rencontrer, en un cache-cache malicieux autour d'un journal lu des deux bouts, sur on ne sait quel quai de gare routière ou ferroviaire ? Partir valises réunies dans le vent de la motocyclette, jusqu'à un bord de rivière où volètent les papillons avant que montent les étoiles ? Le retour les sépare. En vain, quand chacun cherche l'autre dans un nouveau cache-cache, mais inquiet. Le retrouve – au bord d'un quai ?
Redite sans paroles
Ceux qui ont vu
La dune dans nos valises trouveront un grand petit air de déjà-vu à
Je viens avec toi : mêmes personnages, même ambiance désuète au parfum années Trente, même structure narrative qu'habillent presque les même péripéties, les mêmes gestes mimés ou dansés dans le même appareil de pendillons décalés. On pourrait avancer sans trop de risque qu'avec son ambiance "guinguette et congés payés", le second est l'adaptation en version bords de Marne d'une première mouture tournée vers des ailleurs plus secs et plus lointains.
Simple facilité ? Peu importe, puisqu'on ne poussera pas les regrets bien loin. Le Clou avait en effet déploré de
La dune... une inspiration africano-désertique un peu trop prévisible et un certain déséquilibre des moyens, un conte flou tombant comme cheveu en soupe au beau milieu d'un spectacle sinon mutique. Pour le coup,
Je viens avec toi revient à moins de convention et beaucoup plus de cohérence grâce à une imagerie moins caractérisée et à l'absence de la moindre parole.
Ce petit côté film muet laisse reposer tout l'effort narratif sur un travail gestuel une fois encore très chorégraphique, sur le jeu d'objets ici donnés comme indices de l'action (moyennant un changement d'échelle dans lequel l'emploi de jouets fait beaucoup pour le clin d'oeil et la connivence), là détournés du réel au bénéfice de l'imaginaire. Ainsi les trains électriques – encore immobiles, mais cela pourrait changer – valent-ils voyage en grand, ainsi deux valises empilées font-elles un moto très passable si l'on écarte les bras en se penchant en avant, balançant de droite et de gauche à l'abord des virages.
Cohérent, joliment réalisé, vif et doux à la fois,
Je viens avec toi ne suscitait finalement qu'une minuscule réserve finale. Donné pour un public de six mois à six ans, le spectacle pouvait passer au-dessus de la tête des plus jeunes, encore peu à même d'interpréter les multiples codes de jeu et de représentation qui le sous-tendent ; et les plus grands risquaient d'être un peu frustrés par sa douceur et sa trop courte demi-heure. Mais de deux à quatre ou cinq ans, parfait...
||Jacques-Olivier Badia