Jamais parti(e)
On the road again avec le
Juke Box Babe Alan Vega ? Pas de petit trip au
Kashmir en zeppelin plombé, ni
Space Trucking pourpre profond ni
Crystal Ship aux portes béantes ? Jamais rassuré d'un
It's All Right Mama déhanché une génitrice inquiète de vos attitudes rebelles et de vos descentes à
Sin City ? Pas la moindre virée en
Bad Motor Scooter en compagnie d'une brûlante
Candy Lady pour quelque expérience
In Electric Ladyland ? Et pas l'ombre d'un
Summertime Blues ? Bref, une vie loin de
Sweet Home Chicago, bien mussée derrière
The Wall et dépourvue de
Satisfaction ?...
Alors ce spectacle n'est pas pour vous, ou bien seulement à titre de traitement de la dernière chance. Soit
La stupéfiante histoire du rock, comédie-concert re-concoctée au 57 par l'inoxydable François Bry avec la complicité de Christophe Margalejo, de retour jusqu'à la fin de l'année au même n°57.
Rock story
'Pourquoi le rock ? Et surtout, pourquoi le 'n'roll ?' La question méritait d'être posée et l'est dès le début du show – quant à la réponse, elle attendra sans doute un prochain spectacle puisqu'elle ne fut pas donnée. Un qui aura eu des réponses, par contre, c'est le fada venu en corsaire par jour de neige quémander quelques éléments en vue d'une thèse au sujet délicat : 'L'influence de Patrick Juvet dans l'oeuvre des Sex Pistols'.
Never Mind the Bollocks ('on s'en bat les c...'), comme disait l'autre.
Réponse, malgré tout et d'abord, par la découverte de l'Amérique, la chaleur du Sud et le chant pygmée, naissance concomitante du bleu – pardon, du blouze – à chanter des nuits entières sur trois accords maximum. Puis jazz (what a wonderful world...), bougui (décidément : boogie, sacrénom) et le premier succès d'un 'noir blafard' de Memphis, Tennessee : Caillou autour de l'heure, mieux connu sous son titre original
Rock Around the Clock. Ainsi passa la comète Bill Haley, vite éclipsée par les Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Litteul Ritcharde, Djine Vinneceunete, sans compter le King. Ainsi encore l'auditoire put-il découvrir ce document étonnant :
Whole Lotta Shakin' Going On (Jerry Lee Lewis, 1957) successivement interprété par son auteur, Louis Armstrong, Chantal Goya et Bob Dylan. Mais si.
Vinrent les Swinging Sixties. Quatre cafards de Liverpool se tordirent en criant (
Twist and shout, The Beatles, 1963), des pierres roulèrent en quête d'une impossible satisfaction (1965), un certain Jimy se fit chose sauvage (
Wild Thing, 1966) bien avant d'être plagié par d'autres natifs de Seattle tombés du Nirvana vers 1991 – morts, tous, après avoir joué ce morceau. Malédiction ? Abus de psychotropes ?...
Et la fumée s'éleva sur les eaux des années soixante-dix (
Smoke on the Water, 1972) comme elle s'était élevée sur Montreux et le lac Léman un an plus tôt (c'est la faute à Zappa ; sale gosse, va). Au Texas, tres hombres et faux rabbins à stetson jouent leur pucelage dans le clandé de
La Grange (ZZ Top, 1973), les guitares se font baleines ou chalutiers et le swing trouve son sultan en 1977 et la personne de Marc Choufleur, du groupe Distrait. Euh, quelque chose comme ça... L'autoroute s'ouvre sur l'enfer du hard rock, déboulée à fond de six-cordes par un quatuor d'Australiens au courant (
Highway to hell, AC/DC 1979), de faux flamants à peine roses psychédélisent à tout va en goualant contre le système éducatif et le show goes on tandis que celui du 57 s'achève, car sinon on y passerait la nuit.
Humour, live et rock'n'roll
Inoxydable, François Bry ? Sans aucun doute : plus de vingt ans de passion pour la guitare (une Fender, forcément – Stratocaster) et le rock, au bas mot deux cents concerts par an, bien cinq mille scènes au total ; et, il y a plus de onze ans désormais, la création du centre artistique qui porte son nom, où des milliers de godelureaux ont appris musique, chant, danse et autres arts et où, côté scène, se niche Le 57.
Avouons-le : l'écriture n'est pas son point fort, et sa comédie tient plus de la leçon d'histoire musicale revue par une bande de potaches excités que du théâtre de boulevard, son anglais du yaourt aux fruits occasionnel et ses traductions du franc délire (voir plus haut). Bref, une comédie sans fil ni jeu, éclairages concert et vidéos foutraques en guise d'unique décor.
Qu'importe, puisqu'on n'aurait pu rêver meilleur prof en matière de rock et même de 'n'roll. Le bon look – futal de cuir noir, t-shirt du même métal marqué d'un programmatique 'Anarchy', veste blanche pour la classe ; une furieuse envie de se faire plaisir et au public avec, la culture qu'il faut et, surtout, un doigté certain dans le tricotage sur manche de guitare, tous styles confondus dans la grande famille du rock.
Aussi les incidents techniques qui ponctuèrent la première et valurent à l'auditoire quelques larsens dignes d'une soucoupe volante des fifties, ne purent entamer l'enthousiasme et le bonheur de tous. Il manquait bien quelques notes – difficile de faire autrement, à deux – et les parties de batterie sont enregistrées, mais la patate était là et l'essentiel aussi : du blues, du rock, du hard et du psyché, du rire (car la vanne potache sied bien au rock) et même, mais si mais si, du 'n'roll, quoi que ce puisse être. Hail ! Hail ! Rock'n'roll ! till the end o'times...
||Jacques-Olivier Badia