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Critique (archives)

Sauf le respect Théâtre de la Violette



Jammin' Brassens



Publi le 03 Septembre 2010

"Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut
Leur compassion semblait venir du coeur. Bravo !"
Georges Brassens, Les Quat'z'arts (1964)



Ils sont assez nombreux ceux qui, plutôt connus ou un peu moins, ont adapté au jazz tel ou tel morceau du large répertoire de Brassens (dont on verra l'année prochaine, soit dit en passant, si la manie commémorative de nos temps célèbre le vingtième anniversaire de la disparition). Il existe même, dans un obscur village isérois du nom de Charavines, un festival tout entier dédié depuis quinze ans à ce vibrant hommage. Brassens jazz, donc, et pourquoi pas ? Mais Brassens bossa, flamenco, raï ou beat-boxé ? Brassens salsa ? Brassens reggae ? C'est pourtant l'exercice auquel se livrent de nouveau les Bigres du Tergal en cette mi-octobre à la Violette – sauf le respect qu'ils lui doivent, comme l'indique le titre du spectacle.
L'affaire commence cependant de manière presque anodine, sur un J'ai rendez-vous avec vous donné comme un poème par une diseuse à jambes rayées, aussitôt suivi d'Amoureux des bancs publics si peu dévoyés qu'on les croirait fidèles, ne serait un petit côté bossa lente amené par la guitare et les percussions. Un fragment de La mauvaise réputation annonce pourtant par son rythme d'origine afro les libertés prochaines : le bien oublié Tonton Nestor, plaisante histoire de fesse à la noce que suit aussitôt une inattendue et délectable version reggae du Roi des cons, conclue sur le délice rare des Radis – un morceau de jeunesse contemporain du célèbre Gorille, disons vers 1953-1955, dont l'anale fantaisie dut bien faire rire chez Patachou.

"La pampe du légume était seule à présent visible,

La plante était allée jusqu'aux limites du possible [...]"

A partir de quoi, le ton étant donné, alternent les textes dits par fragments ou in extenso (La marguerite, Le fossoyeur, Le testament), les versions assez fidèles pour satisfaire le puriste (Le gorille, Il n'y a pas d'amour heureux, toujours agaçant par sa mélodie empruntée à La prière) et, disons-le, les francs délires : une Fessée partagée entre orgue funéraire et ukulélé, La cane de Jeanne rythmée façon beat box, un lointain Roi boiteux tendant au reggae, Oncle Archibald version samba et Marinette dansant du ventre sous la ceinture à sequins, Putain de toi au washboard et un très hispanique Sauf le respect que je vous dois. Le rappel – à peine téléphoné – conclut pour sa part sur un traitement du Vent digne de la Mano Negra, une entraînante version balloche de Le temps ne fait rien à l'affaire et une rare File indienne donnée comme une marche de rue.
Et mon d., on ne leur en veut pas. L'idée est excellente et méritait de voir le jour, le respect revendiqué par le titre est manifeste et il ne fait guère de doute que le moustachu de Sète, dans son anarchisme tranquille et ses gaudrioles ironiques, aurait goûté ces facéties pas plus révérencieuses qu'iconoclastes.
Le seul point qui chiffonne tient aux textes dits, dont l'équilibre dans la balance laisse un peu à désirer. Si Marie-France Bel, qu'on connut en conteuse jeune public dans Babaye sur le chemin du bout du monde, se débrouille fort bien des pièces complètes (ah, ces délicieux Radis !) et de citations de rencontre rendues au langage courant, les fragments de chansons semés de ci de là en guise de transitions laissent une vague sensation de désordre ou pis, de pièces rapportées. On leur eût préféré des chansons en enfilade, réunies par leur thème ou leur apocryphe style musical et seulement entrelardées de quelques textes soigneusement choisis.
Qu'importe. Loin d'une maestria musicale hors de propos ou d'une quelconque prétention à la perfection du concept, il ne s'agit ici que de désir et de plaisir, de fantaisie dans l'hommage. En quelque sorte de respect dans la trahison, dont le public sortit conquis. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
Spectacle musicalSauf le respectChansons de Georges Brassens,
adaptées par Les Bigres du Tergal
Avec Christian Griotto (guitare, synthétiseur, chant), Marie-France Bel (dits), Alain Bel (percussions, guitare, chant) et Eric Robert (contrebasse).
Le 03 Septembre 2013Dure : 1h15.Théâtre de la Violette67 chemin Pujibet, 31200 Toulouse http://www.theatredelaviolette.com // contact@theatredelaviolette.com