L'étrange spectacle que voilà ! Il faut dire que les comédies musicales ne courent pas les rues toulousaines - encore que, cette année il fallait compter avec un
West Side Story au théâtre Jules Julien - et encore moins sous la forme d'un quasi-solo. Johann Nicol porte ainsi une relecture de la célébrissime
Guerre des boutons, dirigé par Gilles Ramade de Figaro & Co : une compagnie en résidence au Théâtre Musical de Pibrac depuis 1994, et qui est ici dans son élément. A redécouvrir cette semaine au Chapeau Rouge.
'Bon, je vais vous la raconter, ma guerre'
Un mot tout de même sur l'œuvre d'origine : le roman de Louis Pergaud, paru en 1913, a poursuivi son chemin hors des pages. Les adaptations ne manquent pas, avec en particulier le film de Jacques Daroy en 1936, suivi par la comédie d'Yves Robert et de François Boyer en 1961. C'est de celle-ci que le spectacle s'inspire, autant que du roman.
2007 à Longeverne : le maire actuel commémore la guerre 14-18 devant le Monument aux morts et convie pour l'occasion un irréductible Poilu de 103 ans. Le vieux bonhomme tient toujours sur ses pattes et entretient une certaine animosité à l'égard du maire. Et pour cause, celui-ci est le petit-fils du traître Bacaillé ! Le Poilu racontera tout de même sa guerre, mais sa guerre à lui, qui vaut toujours mieux que celle des tranchées... Il s'appelle François Gibier, alias Petit Gibus.
Les connaisseurs s'y retrouveront sans peine : les 'armées' de Velran et de Longeverne se livrent toujours leur guerre verbale ('Tou lé Velrans çon dé paign ku') et vestimentaire - vols de boutons et de lacets, avalanches de pantalons sur les souliers. Petit Gibus fait renaître le chef Lebraque et ses lieutenants - Grangibus, Boulot, Tintin, Gambette, Camus, La Crique et Bacaillé le rabat-joie... Sus aux frocs des troupes de l'Aztec !
Si j'aurais su, ben j'aurais v'nu
Il est étonnant de se retrouver entre adultes pour redécouvrir ce pan de jeune-vieille France rapporté avec tant de couleurs par Louis Pergaud. Il y a des auteurs comme ça - Pagnol, Sempé... - qui ont pris leur époque par le bon bout, le bout qui résiste. Celui des tendres moqueries, des mutineries, de l'énergie juvénile : ça porte des tenues d'écolier et des cartables en cuir mais ça survit sans peine aux décennies passées, ça se laisse imperturbablement savourer. Bref, pour le public d'adultes, c'est un retour vers l'un des films marquants des années 60, peut-être aussi un souvenir des lectures d'école - bref, le plaisir des retrouvailles, d'entendre sonner à nouveau la langue brute et naïve des enfants de Longeverne.
Côté réécriture, le spectacle se passerait volontiers de l'intervention du maire - un personnage qui tire le début et la fin du spectacle vers un dépassement trop contemporain, dans une langue qui blesse presque les oreilles après le délice des piques enfantines. Costard cravate frimant devant un micro, vente du costume de poilu sur Ebay et vengeance sur le petit-fils du traître : c'est une autre histoire, qui n'est pas assez développée et n'amène rien.
Exceptées ces frontières douteuses du récit, le solo de théâtre et de chant est rondement mené. Le rythme est trouvé dans l'alternance entre monologues et chansons, entre passages contés par un vieillard et fugitives apparitions d'enfants : Johann Nicol y pourvoit, très vif dans ses prises de parole et dans ses gestes, à l'aise dans les ruptures de ton et dans ses refrains sautillants.
A quelques détails près, un agréable plongeon dans les histoires d'une vieille (mais bien vivante) plume. N'oublions pas que ce spectacle est tout plublic, les jeunes spectateurs y trouveront aussi leur compte.
||Manon Ona