Waoutch, diantre, sapristi, ça vous remet le moral à l’heure en un claquement de corde vocale, à coups d’chansons et coups de gueule. La môme Cricri et sa brave Colette, qui ont repris on ne sait combien de fois le comptoir et la scène du Grand Rond dans le cadre du bien nommé spectacle et ex-apéro
Mieux vaut boire ici qu’en face, récemment encore au théâtre du Pont Neuf, avec Jean-Michel Saindoux en première partie, reprenaient du service dans le cadre extérieur urbain du festival de Ramonville. Et ce sera ensuite à "La Balade de Vic", dans pas si longtemps à Castanet-Tolosan...
Ce qui est sûr : en face, vous n’assisterez probablement pas à une telle vidange d’œsophage et de neurones – et en musique s’il vous plaît !
Tatas flingueuses d’éthylotest
Dans le gosier pour sûr 'y’en a' et pour tout le monde, en particulier pour le client 'blanc comme un cul' : au bistrot de Cricri, si on rentre anémique on ressort guéri. Et pour les boudeurs du rouge, y’a toujours le cognac vieux comme feu son mari – antigel que déguste la patronne pour fêter toutes les bonnes choses de ce monde : la mort de son boulet préféré ('v’nez vous rincer la gueule, ce soir je suis seule'), le sex-appeal caché de Colette, 'sensuelle comme un rôti de porc', etcetera etcetera ; de toute façon, une biture digne de ce nom se passe de prétexte, c’est juste pour la forme.
Vous l’aurez compris, ces dames ne sont pas venues vous compter fleurette. Histoires à boire et pas que : à rire, à tuer l’amour et l’envie d’amour et le refus d’amour. Cricri en a sa claque mais en veut encore : la vie, quoi. Ça se passe de logique. Question fleur bleue et annexes (surtout annexes), Colette est à mettre sur les rails. Bien entendu, rien ne vaut un bon coup d’antigel pour réchauffer l’accordéoniste. Après la 'chanson sans calcium', v’là une ode à la bouteille, à grand renfort de titubements. Ça commence derrière le comptoir, ça se termine parterre en coma romanesque : pour le pourquoi de la chose, le mieux est d’aller voir.
Décadentes à souhait
Colette joue et Cricri chante ; Cricri gueule et Colette braille. Amateurs de voix lisses et harmonieuses, mieux vaut boire en face qu’ici. Car il s’agit d’un duo réaliste : quand on est bourré on chante faux, c’est un fait. Si on ne chante pas faux (n’exagérons pas la déliquescence de ce délicieux moment), on s’invente une voix des plus improbables ; une voix qui habille le moindre mot de chaleur humaine, qui se taille dans le silence un chemin au couteau. S’époumoner avec talent : un métier.
Quelques mots hauts placés congédient dans un virulent cul-sec Tendresse et Délicatesse, font entrer Politiquement incorrect au bras de Paillardise : chastes oreilles, fermez-vous. On boit ici du vitriol coupé de grossièretés mignonettes. Prière de desserrer le nœud de cravate et de s’attendre à un 'lâcher prise' de joyeuse facture.
Plus sérieusement, on notera la force de ce grand n’importe quoi, l’énergie dégagée par un abandon furieux, un déchaînement généreux au ras du public – il faut le tenir sur la longueur, ce n’importe quoi endiablé. Elles sont là et bien là, à se battre contre leurs fantômes dans un si petit espace…
Un sacré goût de reviens-y.
||Manon Ona