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L'écho du brigadier

Critique Interview En création A côtés

Pour rire, pour passer le temps Le Vent des Signes



Derniers rires
avant le temps venu



Publié le 14 Février 2011


Voici un titre bien cryptique, un chouia elliptique, mais somme toute assez juste pour introduire le troisième rendez-vous du Clou avec un spectacle à ses derniers peaufinages : Pour rire, pour passer le temps, que crée le Groupe TSH cette semaine au Vent des Signes avant de se transporter au Théâtre Sorano, la semaine suivante, pour quatre représentations supplémentaires. Et rendez-vous au Théâtre Sorano, justement, devant un petit parterre de spectateurs, pour l'un des derniers filages organisés avant d'affronter le public – dans un espace bien différent de ceux du Vent des Signes, du Théâtre de la Digue ou de la salle de répétitions du TNT que la troupe a connus jusqu'alors.

Fractures

On ne reviendra pas ici sur l'argument du texte de Sylvain Levey, déjà évoqué dans nos précédents articles (lire ci-contre), pas plus sur la surprise et le plaisir qu'on a pu connaître à voir Anne Lefèvre réunir sous sa férule de metteur(e) en scène Sylvie Maury, Laurent Perez, Denis Rey et Sébastien Bouzin. Ce qui frappe dès les premières minutes de cette création enfin découverte en son entier, c'est l'évolution qu'elle a connue en plus de six mois de travail et qu'on pourrait résumer par deux mots : épuration et ruptures. Les secondes, on le devine, découlant de la première.
On est loin, en effet, de l'exploration de configurations complexes qui marquait les premières étapes de travail, des diagonales dynamiques tracées dans l'espace du plateau par des empilements de tables. Loin des modifications à vue de l'organisation scénique selon les séquences, des précipitations soudaines aux justifications encore floues. Loin, plus encore, des échanges de rôles entre comédiens, des jeux de masques, de ballon. Ce bouillonnement d'idées essayées aussitôt qu'eues – et, parfois, abandonnées aussitôt qu'essayées – s'est cristallisé en une mise en scène épurée, placée dans une scénographie sans décor et presque vide d'accessoires. L'occupation de l'espace se réduit désormais à un petit nombre de structures signifiantes : regroupement-étirement, avant-scène ou fond de scène, mouvement-immobilité, selon l'état des relations fluctuantes nouées entre les personnages. Et oublié le projet d'un univers sonore, au profit de la seule matérialité de la parole et du corps bruitant.
Un jeu d'oppositions, donc, qui tout à la fois découle de et justifie le parti de rupture évoqué plus haut. Au coeur du texte, la résolution du conflit par l'humiliation et la soumission, elles-mêmes tantôt recherchées, tantôt refusées, tantôt subies, trouve là une expression constante. La fracture, le contre-pied s'immiscent partout, souvent de manière subtile – dans les nuances de rapport entre les personnages, par exemple, ou par un travail des lumières dans lequel Christian Toullec s'est amusé à nicher la rupture dans la rupture en une manière de second de gré aux allures de private joke. Et l'on notera que le principe trouve son plein effet alors même que la déstabilisation recherchée se fonde sur un très petit nombre de moyens et d'états.

Une question de concrétude

Par la grâce, sans doute, de comédiens sur lesquels ce même parti de nudité fait peser tout le poids du texte, le donner-chair et le donner-sens simultanément réunis sur quatre figures. Les choses, là encore, ont bien changé. Tous ont trouvé leur place – en tant qu'acteurs, d'abord, venus d'horizons bien différents, autant que dans les personnages qu'ils incarnent. L'identification malaisée que suscitait leur anonymat dans les premiers temps s'est en quelque sorte concentrée et décantée jusqu'à parvenir à des rapports ambigus, sans aucun doute, mais clairement définis dans leur balance de domination et de soumission. Le contact, la viande, la pure matérialité humaine y ont pris une place qu'ils n'avaient pas auparavant, atteignant à ce "concret" que recherchait Anne Lefèvre dès les débuts.
Pour autant, concret ne veut pas dire naturaliste. Outre les ruptures voulues, la metteur en scène impose une patte qui n'appartient qu'à elle : une chorégraphie discrète à la précision implacable ; une gestuelle à laquelle on ne cherchera pas de sens direct quand bien même elle s'apparente, par la récurrence de ses postures, à une manière de langue des signes ; la recherche d'une véracité profonde qui passe par autre chose que le réalisme de surface. Une gratuité d'apparence qui cache des intentions bien arrêtées. Méfiance... Rien, dans les moments les plus familiers, n'est vraiment ce qu'il semble être. Rien, dans les configurations les plus abstraites, n'est si formel qu'il ne s'y niche un gros morceau saignant d'humanité, aussi dévoyée soit-elle (et encore).
Pour finir, deux certitudes. Ceux qui iront voir Pour rire, pour passer le temps au Vent des Signes ne verront pas le même spectacle qu'au Sorano ; les espaces et les impacts qu'ils permettent sont si différents qu'il faudrait idéalement goûter aux deux. Où qu'il aille, par ailleurs, que le spectateur ne s'attende pas à trop d'appuis dans ce marigot de bassesse humaine – distancié des réalités crapoteuses d'où il est issu, sans doute, mais non moins dérangeant. Peut-être même plus. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia

NB : Il n'est pas lieu ici de donner une critique du spectacle. Une autre plume s'en chargera bientôt, attachée à un autre oeil qui, lui, n'en a encore rien vu. 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
Djeyo / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
En création (3)
Pour rire, pour passer le tempsDe Sylvain Levey / Groupe TSH
Mise en scène : Anne Lefèvre
Lumières : Christian Toullec
Avec Sylvie Maury, Laurent Perez, Denis Rey et Sébastien BouzinLe 14 Février 2011Durée : 1h.Le Vent des Signes6, impasse de Varsovie - 31300 ToulouseMétro ligne A - Station Saint Cyprien RépubliqueTél. 05 61 42 10 70 // Fax : 05 61 42 10 70 http://www.leventdessignes.com // contact@leventdessignes.com