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L'écho du brigadier

Critique

Bagage piégé Café-théâtre Les Minimes



La bombinette à rigolade



Publié le 03 Juillet 2010


La fin de saison s'impose au café-théâtre Les Minimes comme ailleurs. A 20h, Jamin Chtouki, Dédeine Volk-Léonovitch et Corinne Frédérique donnent un dernier coup d'éclat aux loufoqueries des célibattantes abattues du Clan des divorcées, qui disparaîtra définitivement de l'affiche du lieu le 28 août, après trois ans de prolongations renouvelées pour cause de succès. Et à 21h30, une triplette maison s'amuse à semer l'émoi dans la salle d'attente d'un aéroport à coup de Bagage piégé : soient Nicolas Diaz, Stéphanie Villanti et Angélique Infante, réunis dans une comédie réussie dont le titre, comme souvent, prête un peu à confusion. Mais venons-en au fait.

"D'accord, mais qui prendra Maman ?"

Chouette, Maman arrive. En visite. En avion. Enfin, devrait arriver si tout va bien, si le vol n'est pas annulé, retardé, l'aéroplane crashé ou détourné. En attendant, sa progéniture... attend.
Il y a d'abord Sophie, l'aînée, mère poule (pour les comportements) mâtinée d'huître folle (pour la comprenette), casée avec un chat à défaut d'homme et toujours vêtue d'une de ces salopettes démodées à forme de sac qui vous transforment la plus gracieuse silhouette en clown Marlboro relooké à Ouarzazate. Au centre, Sam – plutôt Samantha que Samuel, précisons-le, et tout l'opposé de sa frangine : fashion victim ne jurant que par "Goutche" (disons Gucc', et comprendre Gucci), anglomane à mi-temps et toujours disposée à emprunter les écharpes Kiabi de son aînée pour protéger son postérieur délicat des chewing-gums indélicats. Enfin et en retard, Simon le pitchou, homo en quête de l'âme frère, reportant son trop-plein d'affection inemployée sur sa Mercedes sport et un carnet d'adresses format bottin, généralement ligué avec Sam contre So dans ces règlements de vieux petits comptes qui font le bonheur des familles unies.
Car voilà, Maman arrive, est en retard, et la question n'est toujours pas réglée de savoir qui va l'héberger. Une épreuve, quand chacun tient d'elle l'essentiel de ses défauts... Alors on botte en touche, on rappelle le souvenir d'enfance et le reproche de détail, on pratique l'alliance autant que la mésalliance en rameutant Hugo, Alfredo et caetero, on pratique même la solidarité familiale tandis que débarquent Hervé Vilar, l'équipe roumaine de patinage artistique et des hordes d'étrangers au son des annonces inattendues tombées des haut-parleurs. Jusqu'à ce que Maman...

"Mais on ressemble tous à Maman !"

Voici donc une comédie familiale fort joliment troussée, écrite par Nicolas Diaz et Stéphanie Villanti eux-mêmes, mise en scène et interprétée avec Angélique Infante dans un travail collectif d'agréable tournure. Le charme de l'ensemble tient finalement à un seul point : loin de jouer la grosse artillerie des comédies à vannes dont le café-théâtre est si friand, acceptant le poncif sans tomber pour autant dans la caricature lourdingue, Bagage piégé fonctionne sans à-coups par la grâce d'un comique de situation équilibré et agrémenté sinon de véritables trouvailles, du moins de petits éclats bienvenus.
Un premier exemple ? Simon, dont l'homosexualité n'a aucun autre rôle que de définir un pan du personnage, lui donner un peu de sa matière, mais rien de plus. On ne trouvera donc chez Nicolas Diaz aucune attitude de chochotte caricaturale, pas plus que le personnage ne donnera lieu à ces bordées de plaisanteries relevant de l'haltérophilie de l'humour autant que de l'homophobie à visage aimable ; tout juste quelques notations amusantes et fugaces, et cela suffit bien.
De la même façon, les incompréhensions de Sophie échappent aux lourdes crétineries des blondes décervelées pour jouer le décalage, le contre-pied, le trébuchement absurde – de façon plutôt prévisible une fois compris le truc, mais avec mesure, lucidité et efficacité dans l'utilisation de la ficelle.
Le comique ? On l'a dit : celui, de situation, d'une comédie familiale à laquelle ne manquerait qu'un peu d'âpreté pour faire une honnête comédie de moeurs. Le but n'étant pas là, la petite bande s'en donne à coeur joie dans les poncifs du genre, avec.. eh bien, une fraîcheur et un plaisir de jeu qui réjouissent le spectateur, et auxquels s'ajoutent les traits moins attendus d'un comique purement visuel sur certaines scènes, une ou deux références de bon aloi, un chouia de transformisme rigolard et, de ci de là, de brèves virées dans l'absurde qui font leur petit effet.
Si bien que ce Bagage piégé ressemble aux autres comédies comme Sam, Sim' et So ressemblent à leur mère : assez pour ne pas douter de la filiation, mais avec suffisamment de traits propres pour définir une séduisante individualité. Un plaisir à goûter tout l'été. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
ComédieBagage piégéEcrit par Nicolas Diaz et Stéphanie Villanti.
Mis en scène et interprété par Nicolas Diaz, Stéphanie Villanti
et Angélique Infante.
Le 03 Juillet 2010Durée : 1h15.Café-théâtre Les Minimes6, rue Gélibert, 31200 ToulouseMétro ligne B - Station Claude NougaroTél. 05 62 72 06 36 http://www.lesminimes.com // contact@lesminimes.com