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L'écho du brigadier

Critique

Le tour du monde en 80 jours Café-théâtre Les 3T



Un tour(billon)



Publié le 24 Juin 2010


Il y a loin des années 1870 où Jules Verne publiait en feuilletons son Tour du monde en quatre-vingts jours, et même de son adaptation cinématographique par Michael Anderson, qui remportait force récompenses en 1957… Le succès de ce roman d'aventures demeurant intact, il faut aussi compter le récent remake américain, avec Jackie Chan dans le rôle du serviteur de Phileas Fogg - comme quoi il y a là quelque veine comique à exploiter… Et justement, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino se sont engouffré dans la brèche en proposant une réécriture pour le café-théâtre : un long succès parisien repris par l'équipe des 3T.

"Zzze sky is blue"

Faut-il encore présenter Phileas Fogg, gentleman anglais, membre éminent du Reform club…? Un personnage qui, avec le Sherlock Holmes de Doyle, a largement contribué à l'image que l'on se fait de l'élégance bristish. Suite à une partie de whist (tiens donc), notre gentleman parie 20 000 livres avec les membres de son club qu'il parviendra, grâce au progrès des transports, à faire le tour de la terre en 80 jours. Il prend ainsi le train pour Paris, secondé par son serviteur français Passepartout. Pour ajouter du piment, Jules Verne le fait poursuivre par le détective Fix, qui le suspecte à tort et qui ne parviendra d'ailleurs jamais à l'arrêter, le mandat ayant toujours un wagon de retard….
Les aventures mènent les deux compères aux Indes, où Phileas Fogg sauve du bûcher la princesse Aouda, qu'il emmène avec lui. S'ensuivent maintes aventures, dont l'ingénieux gentleman parvient toujours à se tirer, n’hésitant pas à emprunter une multitude de moyens de transport : paquebots, train, voitures, yachts, traîneaux, et même… éléphants.
Et avec ça, un ancrage historique très fort : le périple met en valeur un monde en voie d'industrialisation, marqué par la révolution des transports, le développement de nouveaux modes comme le chemin de fer ou le bateau à vapeur… Sans oublier l'ouverture du canal de Suez en 1869. Bref, ce texte est un écho remarquable de son temps, un reflet cosmopolite de la modernité – quoique l'exotisme culturel tel qu'il est représenté souffre d'un point de vue très dix-neuviémiste...

 

Un choix d'adaptation improbable, mais qui paie

Le passage à la scène se fait, comédie oblige, sous un verre grossissant :  un Phileas Fogg à la raideur so british, un Passepartout en revanche très français, tandis que veillent au quatrième degré les stéréotypes culturels les plus ancrés, pas des plus fins – le vendeur arabe essaie d'arnaquer sa clientèle autour d'un verre de thé à la menthe, le serveur chinois ne sait pas ce qu'il vend et les cow-boys américains chiquent leur bêtise… Néanmoins, ces brefs personnages font mouche dans les rangs du public tant les comédiens donnent dans la surenchère, à l'exemple des anglais qui finissent leurs phrases par des inversions sujet-verbe tirées par les cheveux.
Bémol pour cet exotisme potache, en revanche les insertions de références à notre France contemporaine (jusqu'à la mention du traître parmi les Bleus…) fonctionnent parfaitement : elles interviennent ponctuellement, le plus souvent inattendues, et promènent le spectateur entre le dix-neuvième et le vingt-et-unième siècle.
La réécriture devient ainsi franche réappropriation, métamorphosant le visage sérieux du roman. Non pas que l'original soit ennuyeux, loin de là, mais disons qu'il ne reste pas grand-chose de sa valeur testimoniale, laquelle est rafraîchie à la lumière d'éléments contemporains (carte 12/25 pour voyager en train, travaux du tramway empêchant de circuler vers Purpan et autre toulousaineries). Egalement bien pensées, les quelques références au spectacle lui-même, qui permettent de nouer le contact avec le public. Lequel est porté, sinon par la finesse des gags, du moins par l'énergie remarquable des comédiens, qui sautent d'un costume et d'une mimique à l'autre.
Un furieux tour(billon) du monde en une heure et quarante minutes. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
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Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ComédieLe tour du monde en 80 joursJules Verne / Gérard Pinter
Adaptation : Sébastien Azzopardi et Sacha Danino.
Avec Julie Safon, Samuel Mathieu, Julien Sabatié Ancora, Ludovic Merot et Frédéric Menuet.

Le 24 Juin 2010Café-théâtre Les 3T40, rue Gabriel Péri - 31000 ToulouseMétro lignes A et B - Station Jean-JaurèsTél. 05 61 63 00 74 http://www.3tcafetheatre.com // contact@3tcafetheatre.com