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L'écho du brigadier

Critique

Botox et silicone *****



Une question
d'appas rances



Publié le 05 Juin 2010

"On a dit de la beauté que c'était une promesse de bonheur. On n'a pas dit qu'elle fut tenue."
Jean-Paul Toulet, Les Trois Impostures



Les frères Duranteau, dont les écrits et mises en scène constituent le plus constant de la programmation du café-théâtre Le 57, dans le quartier des Minimes, ont une patte bien à eux et qui fait tout leur intérêt : ici, tel ou tel thème peu usité dans l'inspiration répétitive de la comédie de caf'-thé, là une manière discrètement décalée de traiter un sujet rebattu, ailleurs une simple chute iconoclaste qui suffit à débanaliser une situation pourtant largement exploitée.
Nouvel exemple avec Botox et silicone, dont le titre inévitablement racoleur cache un texte moins anodin qu'on pourrait le craindre, mais qui ne va pas tout à fait au bout de ce qu'il promet. Ce qui ne l'empêche pas de revenir sur les lieux de sa création...

"C'est pour ça que j'veux en finir : j'fais pas envie."

Pas de chance pour le Dr Delajoue... Malgré son élocution ridiculement policée, sa mise aux couleurs terre-feuille et ses airs de gentleman farmer, rien de plus éloigné de son monde que la cambrousse, son désert humain et ses galettes de vaches. Quel n'est pas son désarroi lorsque sa Jaguar tombe en carafe dans quelque trou champêtre, le laissant à la merci d'un beuss (entendez autobus) plébéien et du fâcheux cul-terreux que le hasard voudra bien mettre sur sa route.
Et en matière de fâcheux, le voici servi : Véronique Lapiche, laideron de campagne, toute braillarde de désespoir et bien décidée à mettre fin à ses pauvres jours par projection soudaine sous les roues du premier véhicule venu, sur cette route où n'en vient aucun. Mais heureuse rencontre, somme toute, puisque lui est le chirurgien esthétique des stars et cherche un cobaye pour tester sa dernière technique d'élongation, quand elle ne demande qu'à trouver le bonheur par la beauté. Refus, toutefois, de la belle (sic) tant l'extension du mouton semble peu prometteuse une fois appliquée à l'humain.
Revirement, trois mois plus tard, par la grâce de ce site de rencontres dont l'un et l'autre sont familiers : lui, pour faire face au turn-over inquiétant de ses conquêtes ; elle, dans l'espoir virtuellement récompensé, enfin, de trouver le bonheur à deux. Mais attention, quelques "petites retouches" seulement, de préférence sous anesthésie générale et sans trop de cette distraction dommageable que la rupture vaut au praticien.
Trois mois plus tard encore... Où il se démontre que l'élongation tibiale, le surdimensionnement mammaire et l'adhésion immédiate à aux plus sordides propositions ne font pas le bonheur, et que n'est pas cheval cabré qui veut.

"Il fallait la changer, de toute façon..."

A notre connaissance, autant les thèmes de l'argent, du travail et, surtout, de l'amououour, sont des lieux sur-communs de la comédie, autant ceux de la beauté et, plus spécifiquement, de son amélioration chirurgicale n'y ont joué jusqu'à présent que de rôles de seconds couteaux, dans le meilleur des cas. Ainsi se retrouve-t-on face à la balance habituelle des frères Duranteau : d'un côté, un désir de pure comédie avec tout ce que cela implique d'humour de situation (prévisible en tout point) et de répliques de haut vol (en nombre, joliment trouvées et envoyées) ; de l'autre, des notations éparses mais constantes sur la question de l'apparence et du regard, bien faites pour donner un peu de fond à toute cette superficialité, et l'ébauche d'une évolution intéressante dans les rapports des personnages. Hélas, l'équilibre reste cette fois vacillant, les promesses à demi tenues, l'ensemble entaché d'un certain sentiment de confusion.
Sur scène, Adrien Benech et Sonia Desbois semblent d'abord avoir fait leur choix et jouent sans hésiter la carte de la caricature, avant de verser inopinément dans plus de nuance – raison pour laquelle, peut-être, l'affaire hésite entre les diverses tonalités possibles. Tout à l'apparence, le premier arbore dès l'entrée un look réussi à cheveux grisonnants, fausses lunettes et favoris, un costume has been à l'anglaise et les attitudes imbuvables du jet setter éprouvé. Mais pourquoi cet accent pseudo-angliche, pourquoi surtout la résurgence permanente et inadaptée de ces attitudes de chochotte trop familières au comédien ? Agaçant... Sonia Desbois pour sa part ne fait pas tant de manières et n'hésite pas à pratiquer la citation, se coulant sans chichi dans les façons de la très fameuse Zézette épouse X comme dans celles de la pétasse lambda améliorée au bistouri. Caricatural, sans doute, mais efficace.
N'allons pas plus loin dans le reproche. La situation offre assez d'occasions comiques et plus encore de bonnes répliques, les comédiens ne trichent pas sur ce qu'ils donnent et le public répond sans délai à toutes les sollicitations zygomatiques. Il ne faudrait finalement, pour parfaire toute l'opération, que quelques petites retouches... ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
ComédieBotox et siliconeEcrit et mis en scène par David et Marc Duranteau.Avec Sonia Desbois et Adrien Benech.Le 05 Juin 2010Durée : 1h15.*****
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