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L'écho du brigadier

Critique

Equidad Bares Le Bijou



Ceux qui refusent



Publié le 03 Juin 2009


Coincé. Il n'est pas facile de l'avouer, mais le folliculaire que voici s'est retrouvé coincé, l'esprit tout sec devant son écran blanc, se demandant désespérément quels mots mettre sur ce qu'il avait entendu, se le demandant encore. Coincé par une petite dame assise au chant puissant, plein de pleurs, de caillasse et d'un optimisme insoutenable, qu'on revit quelques semaines plus tard au théâtre du Pavé pour le Temps des Cerises.
C'était il y a un an au Bijou, dont la salle étonnamment tranquille n'accueillait guère qu'une quinzaine de personnes venues écouter le nouveau tour de chant d'Equidad Bares. Equidad Bares ?  L'essence même d'un chant flamenco traditionnel, loin, très loin des virtuosités savantes du flamenco d'école, de la guitare obligatoire, de la prétention à une fusion artistico-intellectuelle avec les hauteurs pauvres en oxygène de certaines musiques expérimentales. Un penchant assumé non pour la tradition en soi, mais toutes les traditions courant de Mozarabie jusqu'en pays celte. Et une ouverture, quoi qu'on ait pu écrire deux lignes plus haut, vers des horizons musicaux neufs dont le compagnonnage avec Laurent Paris et Dominique Regef est l'indice.
Le premier, qu'on entendit il n'y a pas si longtemps aux côtés de l'émigrante Nadine Rossello, porte la double casquette de percussionniste et de sculpteur, travaille aussi volontiers avec Eric Lareine qu'El Comunero, Trozband, Régine Gesta ou les improvisateurs d'Enoz, tout en assemblant de fragiles arbres de métal, des échelles fluettes en forêts élevées vers on ne sait où, des piles et des découpures. En quarante ans de musique, le second a parcouru toutes les voies allant du violoncelle classique à la vielle à roue amplifiée, passant par le sitar, le rebec, la vièle à archet, cherchant toujours plus et plus loin en compagnie d'autres fous de musique tel Michel Doneda. La rencontre des trois ne pouvait donner qu'un puissant alliage.

Le chant de la dame assise

Ce fut donc une petite dame assise, battant tranquillement le sol d'une canne en guise de percussions, plus tard dans ses mains, le plus souvent simplement chantant. Difficile de dire, à défaut de comprendre la langue, où menaient ses errances vocales. Quelque part en terre de refus et d'acceptation, là où le voyageur supporte sans rechigner les coups du sort, sachant par ailleurs contre quoi il lutte, et sachant accepter les dons de la vie. Bandit d'honneur, poussé par les traverses mais refusant les voies noires.
Et pour porter cela un chant, une musique à nuls autres pareils. Du flamenco, lancinant, répétitif, cyclique, tremblant de la force de ses propres passions. Des allégresses solaires marquées par la musique séfarade, des plaintes guillerettes enlevées à la manière d'une gigue irlandaise. Là-dessus, dessous, à côté, le jeu inattendu d'une vielle dont le grincement médiéval part soudain en riffs dignes d'une guitare métal, la torture d'un sitar tiré hors de ses voies, le grognement ferreux d'une cymbale au pourtour raclé dans douceur. Lamentations et cloches claires. Hululements, échos sourds de terre frappée. Arpèges et crissements.
Une seule émotion, un seul sentiment au bout de cette route, ceux d'une confiance infrangible dans la valeur de la vie, un optimisme incommensurable appuyé sur une lucidité reniant l'oeillère. Une foi, ignorante de toute religion autre que celle de l'humain. Puissante, assurée et heureuse. Equidad Bares a quitté le Bijou, les mots manquent toujours, restons-en là. Mais la petite dame assise reviendra, n'en doutons pas. Il faudra alors suivre ces bandits, pour l'honneur et le bonheur. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Renseignements pratiques
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