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Critique

Ça commence ! mais ça doit finir à la fin Théâtre du Grand Rond



Au milieu
des catapoubelles



Publié le 05 Juin 2017


Nicolas Quetelard, c’est un produit local comme l’école professionnelle du Lido nous en offre et promet, d’année en année. Il y a une poignée de saisons, Le Clou le voyait répéter dans le Gers le deuxième spectacle de sa jeune compagnie Le Ressort ; entre temps, il aura promené ses talents entre les compagnies d’Elles et 220 vols, que l’on ne présente plus.
Depuis 2016, son alter ego Gorska Lartek se commet, en rue comme en salle, pour ce solo de clown élastique au titre interminable.

Ça finira (mais ça doit débuter au début)

De fait, la fin est plus facile à fixer que le commencement. Nicolas Quetelard soigne l’incontournable étape d’un solo de clown ‒ son entrée en scène ‒ en l’étirant façon contrat durée indéterminée, en un prologue semi-improvisé. Ça passe ou ça casse ? ça passe. Le bohomme n'est pas mauvais à l'exercice, toujours périlleux, de venir chercher les poux au public. Un petit toc langagier façonne d’emblée son personnage, qui échappe aux axes classiques (timidité et tendance à la catastrophe) pour suivre la piste (de plus en plus fréquente depuis le Boudu de Bonaventure Gacon) d’un clown non pas aigre, mais volontiers hirsute et piquant ‒ les « nains » conviés à cette représentation tout public n’ont qu’à bien se tenir, idem pour leurs « propriétaires ».
Commencera, commencera pas ? Passé le prologue parmi les spectateurs, le clown franchit le quatrième mur à l'envers et s'en va trifouiller les gadgets qui occupent le plateau ; et notamment, des poubelles de tailles variées, accessoires des plus modestes qui ont décidément les faveurs de la compagnie (L'Or dur). Le solo amorce alors une partition qui mise sur le théâtre d'objets et un enchaînement de micro-numéros que l'on ne s'échinera pas à classer dans une discipline – lancer de canette, dézingage d'un cendrier bavard et autre superposition de proverbes. Des plus ou moins frappants, des plus ou moins poilants ; ça sent encore la juxtaposition, mais le personnage impose sa présence régulièrement, par des lumières qui approfondissent son maquillage et lui donne une consistance assez mystérieuse, surtout quand il travaille sur son corps en muet ou, au contraire, quand il exploite sa voix. Tout en [R], Gorska Lartek n’a nul besoin de les rouler ni d’allitérer : l’âpreté de son timbre, véritable atout pour la scène, suffit à donner à ce clown une patine rugueuse, façon Waits ; il ne résiste d’ailleurs pas au micro et il y a certainement là une veine crooner à exploiter, quelques dépressions à creuser sous les jeux de scène souriants et anecdotiques. C'est encore, de fait, lorsque Nicolas délaisse les objets et l'action qu'on le préfère – toujours cette question de l'écriture, écriture par le vide, qui ne cherche pas à remplir mais au contraire à dénuder, à dépouiller, la poésie nuancée du clown. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ClownÇa commence ! mais ça doit finir à la finMise en scène et interprétation : Nicolas Quetelard
Création lumière, régie générale : Coralie Trousselle, Flora Cariven
Le 05 Juin 2017Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 ToulouseMétro ligne B - Station François VerdierTél. 05 61 62 14 85 http://www.grand-rond.org/index.php?module=grandrond // contact@grand-rond.org