Retour Accueil Actualité critique du spectacle vivant / Toulouse Métropole
> Accueil > Critique [ Complexus - « Reliance »

Critique

Complexus Le Ring



« Reliance »



Publié le 07 Juin 2017


Dans l’esprit de la formation proposée au Ring par le Théâtre2 l’acte, qui amène les étudiants vers la notion d’acteur pluriel, ces derniers se rassemblaient au plateau pour boucler la saison et la « temps-danse » des deux semaines passées ‒ le théâtre accueillait, entre autres, les compagnies Maygetsin (ici) et MMCC pour une quinzaine dédiée à la danse.

« Vivre sans avenir, c’est pathologique »

Complexus hérite directement d’une notion développée par Edgar Morin dans les années 70-80. Il défend, justement, la nécessité de tisser des champs disciplinaires souvent cloisonnés, ne serait-ce que par notre organisation universitaire ; ce faisant, le sociologue et philosophe pense davantage aux différents laboratoires d’études, mais sa définition est inclusive et il est tentant de reporter cette exigence de transdisciplinarité à l’art ‒ assurément, l’art lui-même fait partie des données à intégrer à une « pensée complexe » du monde. Se mêlent ainsi, sur le plateau, l’approche musicale de Vincent Ferrand (Les deux maris de la femme Poisson), un travail vidéo intégrant la plus récente actualité par un montage du journal télévisé, et enfin, la proposition chorégraphique collective d’une belle poignée de danseurs.
Tandis que Pujadas déroule ‒ du rififi dans les niches fiscales, des députés plus ou moins en marche, Londres qui panse sa récente plaie et les glaciers de l’Alaska qui invitent au voyage ‒ les danseurs improvisent dans la contrainte d’un immense cercle, enveloppés par la voix d’Edgar Morin ; dans cette interview donnée à Mediapart en 2012, le sociologue égrène de stimulantes histoires de chemin à ouvrir (un chemin, et non pas un but), d’économie pareille à un « train lancé à toute vitesse sur une voie unique » et du besoin de se trouver, en commun, un « avenir de résurrection ». Le cercle dans lequel s’enferment les danseurs fait alors écho à cette « pensée complexe », qui appelle au contraire à croiser les trajectoires, à briser les bulles ; le centre du cercle devient l’espace de l’expression individuelle ou duelle et le cercle lui-même est voué à éclater. Un concept qui fonctionne toujours efficacement, un peu juste à aborder en deux jours de travail, certainement, mais la tension entre le cercle-aimant et son centre se perçoit déjà. Pluriels, les danseurs le sont aussi en tant que collectif, chacun amenant une identité chorégraphique d’emblée perceptible, et qui pourrait donner un kaléidoscope plein de souffle, si ces penseurs-danseurs reprenaient ce travail dans la perspective d’un approfondissement ‒ pas impossible qu’on les retrouve tantôt.
La voie reste ouverte pour une danse humaniste, ouf ! Une optimiste émulsion, et une jolie manière de boucler (ou d’ouvrir ?) une saison. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
PerformanceComplexusDistribution : la formation « Acteur au présent » du Ring
Conception : Isabelle Saulle et Adolfo Vargas
Musique originale : Vincent Ferrand
Créée sur la voix d’Edgar Morin (enregistrement d’une interview de Mediapart 2012)
Vjing (sous réserve) : Juliette Toullec
Le 07 Juin 2017Le Ring151, route de Blagnac - 31200 ToulouseBus n° 16 ou 71 - arrêt RoquesTél. 05 34 51 34 66 // Fax : 05 61 42 82 61 www.theatre2lacte-lering.com // contact@theatre2lacte.com