Retour Accueil Actualité critique du spectacle vivant / Toulouse Métropole
> Accueil > Critique [ Fool - Diagonale du Fool

Critique

Fool Le Ring



Diagonale du Fool



Publié le 03 Juin 2017


Temps-Danse. Derrière ce jeu de mots se cache des rencontres chorégraphiques organisées par le Ring, en partenariat avec Rencontres Mouvementées. Entre plusieurs soirées de soli, le lieu invite la compagnie Maygetsin à poser ses valises pour présenter Fool, un conte philosophique dansé mêlant ironie et satire. Je performe, tu paires forme, il perd forme…?
Cavalcade
Dans Fool, l'intention affichée du danseur et chorégraphe Christophe Le Goff est de proposer une fable sur la condition humaine en s'appuyant sur une citation de Patrick Kéchichian. Cette citation est extraite d'un article traitant des thématiques profondes des œuvres de l'écrivain Pascal Quignard. Prendre pour référence un journaliste du quotidien La Croix pour évoquer la condition humaine, au travers du télescopage entre le "Jardin des délices" (tableau du 16e siècle du peintre flamand Jérôme Bosch), Bollywood, et Daft Punk, annonce d'emblée un traitement atypique et décalé… Le travail de Christophe Le Goff est axé particulièrement sur la succession de collages hétérogènes. Ainsi, un préambule en forme de film vidéo tourné dans un jardin ensoleillé est suivi d'un enchaînement de chorégraphies sur de la musique funk, ou des titres de Daft Punk ("Aerodynamic",  "Harder better stronger"…). Le plateau est vide, à l'exception de quelques accessoires, une sorte de défense d'éléphant (à la connotation très phallique), une planche de surf, une bande de tissu posée au sol. Les propositions de gestes se succèdent, rythmées par des harangues "Alors on va parler ?!", "Alors on fait quoi ?", "Alors on est où là ?". Le danseur propose joyeusement de faire une soupe avec un mélange de légumes et de fruits imaginaires. L'esprit dada et surréaliste plane au-dessus de ce spectacle aux accents libertaires et débridés. Baskets aux pieds, lunettes de soleil flashy et T-shirt blanc à cerises imprimées, Christophe Le Goff affiche une décontraction tout estivale. Un conte ? Une fable s'appuyant sur les personnages du Paradis, de l'Enfer, et de l'Humanité avant le déluge représentés par Bosch ? Si les spectateurs étaient des alpinistes, ils pourraient voir dans le titre du spectacle comme une prise à laquelle s'accrocher, pieds pendant dans le vide : "Fool", ce qui signifie "idiot", "imbécile", "abruti". Et si tout cela n'était qu'un pied de nez pour se moquer de tout, de la scène, du public, de la danse, du post-modernisme…? A moins que ce "Fool" se réfère à un des seuls arcanes majeurs sans numéros du tarot de Marseille, "Le mat" (the fool en Anglais). Ni première, ni dernière, cette lame est située en dehors du monde et des chemins balisés.
Tout ou rien
Certains pourraient rester dubitatifs en voulant chercher à tout prix une narration, une cohérence, une émotion, face à cet enchaînement de sons, de cris et de poses. Cette recherche artistique d'une autre représentation de la danse peut laisser sur le quai un œil non-averti… Bien malin celui qui voudrait conceptualiser la performance de Fool, donner une "traduction" de ses abstractions. Cela pourrait être un spectacle en manque d'inspiration, ou bien un danseur-explorateur connaissant son propre pays artistique comme le fond de sa poche, poussé par le désir souverain de fouler des terres étrangères. Crier des phrases sibyllines en invoquant le jardin des délices suffit-il à défricher de nouveaux territoires de danse/performance ? Occuper un plateau par des collages alternant mouvements quotidiens et impulsions/immobilités sur une musique funk/electro crée-t-il un objet artistique pertinent ? Quelles sont les réactions attendues ? Risque-t-on de susciter chez le public un raisonnement du genre "c'est à n'y rien comprendre, logique, c'est de la performance…" ? La danse peut revêtir aujourd'hui plusieurs aspects, bénéficier des apports du théâtre, de la performance, du cirque, et des formes hybrides liées à la crise de représentation chorégraphique (non-danse, etc…). Fool pose au fond la question de la représentation justement ; de ce qu'il est encore possible – ou non – de proposer sur un plateau juste avant de casser le fil tendu entre performeur et spectateur. Casser ce fil revient prosaïquement à voir un danseur s'éclater seul sur scène jusqu'à totalement s'isoler du public.
Alors, pourquoi ne pas pousser le curseur plus loin, supprimer musiques et fioritures pour que cet ascétisme profite à une densification puissante du geste, de l'action, et du rien ? Le délire, l'évocation de la condition humaine par le kaléidoscope de Jérôme Bosch, sont des matériaux qui ne semblent pas avoir besoin d'être justifiés par un décalage musical. S'électriser au son de Daft Punk suggère plutôt un délire festif ; s'exalter en silence, avec seulement la respiration du danseur, offre un délire plus subtil, plus profond, plus âpre… voire sorcier. Un délire plus proche de celui, fou, tordu, maléfique, du triptyque de Jérôme Bosch. Pourtant, les dernières minutes du spectacle parviennent à faire jaillir une mystérieuse profondeur teintée d'ironie. "Vénus", la musique vénéneuse d'Alain Bashung y est sans doute pour quelque chose, comme un lierre qui s'enroulerait parfaitement sur un corps humain. Peut-être alors faudrait-il commencer par la fin du spectacle, à l'endroit où les mondes sombres se rencontrent enfin… partir de là pour que Christophe Le Goff foule les terres du jardin de la condition humaine. Une fin qui donne faim, in extremis.
Temps-Danse. Derrière ce jeu de mots se cache des rencontres chorégraphiques organisées par le Ring, en partenariat avec Rencontres Mouvementées. Parmi différents soli, le lieu invitait la compagnie Maygetsin à poser ses valises pour présenter Fool, un conte philosophique dansé mêlant ironie et satire. Je performe, tu paires forme, il perd forme…?

Cavalcade

Dans Fool, l'intention affichée du danseur et chorégraphe Christophe Le Goff est de proposer une fable sur la condition humaine en s'appuyant sur une citation de Patrick Kéchichian. Cette citation est extraite d'un article traitant des thématiques profondes des œuvres de l'écrivain Pascal Quignard. Prendre pour référence un journaliste du quotidien La Croix pour évoquer la condition humaine, au travers du télescopage entre le "Jardin des délices" (tableau du XVIe siècle de Jérôme Bosch), Bollywood, et Daft Punk, annonce d'emblée un traitement atypique et décalé… Le travail de Christophe Le Goff est axé sur la succession de collages hétérogènes. Ainsi, un préambule en forme de film vidéo tourné dans un jardin ensoleillé est suivi d'un enchaînement de chorégraphies sur de la musique funk, ou des titres de Daft Punk ("Aerodynamic", "Harder better stronger"…). Le plateau est vide, à l'exception de quelques accessoires, une sorte de défense d'éléphant (à la connotation très phallique), une planche de surf, une bande de tissu posée au sol. Les propositions de gestes se succèdent, rythmées par des harangues – "Alors on va parler ?!", "Alors on fait quoi ?", "Alors on est où là ?". Le danseur propose joyeusement de faire une soupe avec un mélange de légumes et de fruits imaginaires. L'esprit Dada et surréaliste plane au-dessus de ce spectacle aux accents libertaires et débridés. Baskets aux pieds, lunettes de soleil flashy et T-shirt blanc à cerises imprimées, Christophe Le Goff affiche une décontraction tout estivale. Un conte ? Une fable s'appuyant sur les personnages du Paradis, de l'Enfer, et de l'Humanité avant le déluge représentés par Bosch ? Si les spectateurs étaient des alpinistes, ils pourraient voir dans le titre du spectacle comme une prise à laquelle s'accrocher, pieds pendant dans le vide : Fool, ce qui signifie idiot, imbécile, abruti. Et si tout cela n'était qu'un pied de nez pour se moquer de tout, de la scène, du public, de la danse, du post-modernisme…? A moins que ce "Fool" se réfère à un des seuls arcanes majeurs sans numéros du tarot de Marseille, "Le mat" (the fool en Anglais). Ni première, ni dernière, cette lame est située en dehors du monde et des chemins balisés.


Tout ou rien

Certains pourraient rester dubitatifs en voulant chercher à tout prix une narration, une cohérence, une émotion, face à cet enchaînement de sons, de cris et de poses. Cette recherche artistique d'une autre représentation de la danse peut laisser sur le quai un œil non-averti… Bien malin celui qui voudrait conceptualiser la performance de Fool, donner une "traduction" de ses abstractions. Cela pourrait être un spectacle en manque d'inspiration, ou bien un danseur-explorateur connaissant son propre pays artistique comme le fond de sa poche, poussé par le désir souverain de fouler des terres étrangères. Crier des phrases sibyllines en invoquant le jardin des délices suffit-il à défricher de nouveaux territoires de danse/performance ? Occuper un plateau par des collages alternant mouvements quotidiens et impulsions/immobilités sur une musique funk/electro crée-t-il un objet artistique pertinent ? Quelles sont les réactions attendues ? Risque-t-on de susciter chez le public un raisonnement du genre "c'est à n'y rien comprendre, logique, c'est de la performance…" ? La danse peut revêtir aujourd'hui plusieurs aspects, bénéficier des apports du théâtre, de la performance, du cirque, et des formes hybrides liées à la crise de représentation chorégraphique (non-danse, etc…). Fool pose, au fond, la question de la représentation ; de ce qu'il est encore possible – ou non – de proposer sur un plateau juste avant de casser le fil tendu entre performeur et spectateur. Casser ce fil revient prosaïquement à voir un danseur s'éclater seul sur scène jusqu'à totalement s'isoler du public.
Alors, pourquoi ne pas pousser le curseur plus loin, supprimer musiques et fioritures pour que cet ascétisme profite à une densification puissante du geste, de l'action, et du rien ? Le délire, l'évocation de la condition humaine par le kaléidoscope de Jérôme Bosch, sont des matériaux qui ne semblent pas avoir besoin d'être justifiés par un décalage musical. S'électriser au son de Daft Punk suggère plutôt un délire festif ; s'exalter en silence, avec seulement la respiration du danseur, offre un délire plus subtil, plus profond, plus âpre… voire sorcier. Un délire plus proche de celui, fou, tordu, maléfique, du triptyque de Jérôme Bosch. Pourtant, les dernières minutes du spectacle parviennent à faire jaillir une mystérieuse profondeur teintée d'ironie. "Vénus", la musique vénéneuse d'Alain Bashung y est sans doute pour quelque chose, comme un lierre qui s'enroulerait parfaitement sur un corps humain.
Peut-être alors faudrait-il commencer par la fin du spectacle, à l'endroit où les mondes sombres se rencontrent enfin… partir de là, pour que Christophe Le Goff foule les terres du jardin de la condition humaine, forcément décalées. Une fin qui donne faim, in extremis. ||
Marc Vionnet
Marc Vionnet
 
logo du clou
Marc Vionnet / Le Clou dans la Planche
Marc Vionnet / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Temps-danseFool
Conception et interprétation : Christophe Le Goff
Regards extérieurs : Matthieu Cottin, Yaïr Barelli, Lorena Calandin.
Scénographie : Christophe Le Goff
Bande son : Christophe Barriere et Christophe Le Goff
Lumière : Christophe Barrière
Conception et interprétation : Christophe Le Goff
Regards extérieurs : Matthieu Cottin, Yaïr Barelli, Lorena Calandin.
Scénographie : Christophe Le Goff
Bande son : Christophe Barriere et Christophe Le Goff
Lumière : Christophe Barrière
Le 03 Juin 2017Durée : 40 minLe Ring151, route de Blagnac - 31200 ToulouseBus n° 16 ou 71 - arrêt RoquesTél. 05 34 51 34 66 // Fax : 05 61 42 82 61 www.theatre2lacte-lering.com // contact@theatre2lacte.com