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Critique

La Chambre d'Elsa Le Fil à Plomb



« Comme un écho
en bilboquet oblique... »



Publié le 14 Mars 2017

Pour être hanté, nul besoin de chambre, nul besoin de maison,
le cerveau regorge de corridors plus tortueux les uns que les autres.
Emily Dickinson, Une âme en incandescence



Le rideau reste fermé. Il est assis à gauche de la scène. « Je vais vous dire un grand secret » : pas besoin de tendre l'oreille, la voix est claire, forte et posée. Ça parle du temps, des peurs, des mots qu'on dit et ceux qu'on ne dit pas, ça parle d'amour et ça fait du bien. La compagnie Les Amis de Monsieur créait au Chien Blanc La Chambre d'Elsa, d'après l’œuvre d'Aragon. Un spectacle à la croisée du théâtre et de la poésie, interprété par Boris Pomier et mis en scène par Jean-Paul Bibé.

« Rien d'autre »

L'exercice est ardu. Boris Pomier est seul en scène pour porter le texte d'Aragon ; les premières minutes, l'acteur est au plus près du public, devant le rideau. Il arpente le devant de la scène, torturé, anxieux. Quand le rideau se lève, il dévoile un décor simple et efficace, une table de bistro, une chaise, un verre et un pichet de vin. Il n'est pas besoin de plus. Sobriété. Modestie en miroir au texte. Rien d'autre / J'étais né pour ces mots que j'ai dits / Mon amour. Un amour transi, humain ‒ Je ne suis pas de ceux qui trichent avec l'univers / J'appartiens tout entier à ce troupeau grandiose et triste des hommes.
L'acteur a une belle présence, une voix trop criée parfois. Dans la première demi-heure, le ton de la voix demeure distant, on voudrait qu'il raconte davantage qu'il ne déclame, qu'il trouve le chemin reliant les vers à l'histoire, qu'il vienne nous chercher... Sa façon d'habiter le texte ne convainc pas tout à fait en ce début de spectacle, on ressent le besoin d'être atteint.e par ces vers qui embarquent dans les territoires à la fois tourmentés et délicieux de l'amour. Le cœur réclame plus de proximité, d'intimité. Jusqu'à ce que le rideau ne se referme de nouveau et ne se relève sur un nouveau décor, le solo s’essouffle quelque peu.

« Il va parler… »

Un air de swing s'élève. Trois personnages au milieu de la scène : Elle, Lui et La Radio réunis dans la chambre d'Elsa. Maquette et personnages miniatures, la chambre est en vue de coupe posée sur la table, offerte à nos regards. L'acteur, voix off et quatrième personnage, tire les ficelles de cette pièce en un acte et en prose. Le solo trouve alors un second souffle.
Silences, regards, le chant des cigales dans ses cheveux à Elle, ce qu'il pourrait lui dire, Lui, mais qu'il tait. Un air de comédie musicale puis - Est-ce que c'est une idée ou est-ce qu'il y a comme un bruit dans le fond de l'air ? - Un bruit ? Tentative avortée de dialogue, il ne dira rien d'autre que les deux mots du début, rien d'autre que « mon amour », tout bas, si bas. Il vaut mieux en rire ! Les notes d'Another day of sun, un épilogue joyeux et mouvementé, une envie de danser, de (re)tomber amoureux/se.
Le rideau se baisse, il ne reste même plus l'écho, seulement sa voix à l'intérieur et ces « Qu'est-ce qu'il m'arrive ? » auxquels on ne trouve pas forcément réponse. Un ultime face à face avec soi-même et la certitude qu'aimer laisse des traces indélébiles. ||
Aurélie Guilbaud
Aurélie Guilbaud
 
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Renseignements pratiques
Poésie, théâtreLa Chambre d'ElsaLouis Aragon / Compagnie Les Amis de Monsieur
Interprète : Boris Pomier
Metteur en scène : Jean-Paul Bibé
Du 27 Septembre 2017 au 30 Septembre 2017, à 21h8 et 12eLe Fil à Plomb30, rue de la Chaine - 31000 Toulouse http://www.theatrelefilaplomb.fr