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Critique En création

Acte Le Parvis



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Publié le 26 Février 2017

Découverte à Garonne, la création est reprise à Tarbes durant l'automne.


Après Démons et Le Temps c’est notre demeure, Quad et compagnie a choisi Acte pour sa troisième création autour de l'auteur suédois Lars Norén. Un huis clos saisissant, porté par Adrien Desbons et Olivia Kerverdo sur le plateau du théâtre Garonne, dans une mise en scène de Nathalie Nauzes et une scénographie de Christophe Bergon.
 

Un homme, une femme, point

C'est un bien étrange ballet. Etrange par sa densité trouble, étrange par ses non-dits, étrange par le mystère que dégage ce dialogue sec écrit par Lars Norén. On ne souhaite pas lever les voiles, aussi n'en dirons-nous que peu : parce que leur rencontre aurait pu avoir lieu à n'importe quelle époque ou presque, il serait vain d'identifier les choses. Ainsi, à travers les âges – Antiquité, Moyen Âge, époque moderne puis contemporaine – retrouve-t-on dans l'Histoire de ces face-à-face de fantômes. Imaginez une dispute entre deux personnes au restaurant, ou au milieu d'un repas de famille. On reste poli, on observe toutes les convenances pour conserver le vernis de l'amabilité et de la civilisation, mais ces courtoisies ne peuvent cacher l'agacement, la tension, les soubresauts de rage et de honte qui animent les deux personnes. Ainsi, deux obstinations se font face, deux êtres humains déterminés à survivre, à en finir, ou à "passer au travers". En repoussant l'autre le plus loin possible, et dans le même élan, en l'étreignant et en s'agrippant à lui de toutes leurs forces. Sauf que ces deux personnes ne sont pas dans un restaurant, ni en famille. Sauf que dans Acte, le mot "oui" n'est dit que dans l'unique but de repousser le moment de répondre à la véritable question posée. D'ailleurs, les questions répondent à d'autres questions… Une réponse, une vérité sur soi, est vécue comme une petite capitulation. Toute juste dira-t-on du bout des lèvres le contexte de cette rencontre. Lui, est médecin ; elle, purge une longue peine de prison. Le médecin doit réaliser un bilan de santé auprès de cette détenue.
Deux personnes qui se parlent, mais ne s'écoutent pas ; deux personnes qui se désirent et se dégoûtent en même temps. Les seuls témoins de ce dialogue entre les lignes ? Un tapis, une banquette, deux fauteuils, un balcon, des caméras peut-être ? Ce tableau représentant la quiétude d'un couple au bord d'un lac ou d'une rivière ? Alors qu'une légère brise caresse les rideaux d'une sorte de salle d'auscultation, une lune immense brille dans la nuit, à l'extérieur. Une lune qui pourrait témoigner de cette guerre (c)ouverte et froide entre cet homme et cette femme. Et si l'Histoire (avec un grand "H") s'en mêlait ? Et si ces deux corps, qui se font souffrir, se désirent et s'humilient, luttaient pour quelque chose de plus grand qu'eux ? Et si ce bras de fer était l'ultime rendez-vous avant que chacun devienne un "animal criminel" ? A moins qu'il ne soit déjà trop tard, et que le mal ne soit déjà fait ? Les doigts, les bras, les jambes tortillent à coups de confessions et de mises à nu. Jusqu'où peut aller le Pouvoir d'un être humain sur un autre ? Décider où et quand l'autre peut uriner, est-ce un degré suffisant ? Qui tient l'autre à sa merci ? Comment l'un et l'autre peuvent vivre l'insupportable ? Toutes ces questions ont de multiples réponses… Un homme, une femme, point. Les apparences, les vérités, les libertés, sont une question de point de vue.

Les nerfs à vif

Fin du spectacle : applaudir, pousser la porte qui mène à la sortie, respirer l'air froid du dehors, prendre plusieurs goulées d'air après cette pièce extrêmement dense. En tant que spectateur, il est d'une rare beauté de voir cette chose impalpable qui s'échappe du personnage, malgré lui. D'être le témoin de cette surprise en lui, et de cette surprise en son partenaire, et de cette rencontre qui semble avoir lieu pour la première fois, sous les yeux du public. Croire sans se poser la question de la répétition ni de la technique (mise en scène, jeu, direction d'acteurs, etc…), tout simplement croire à l'impalpable qui se joue sur le plateau.
Tel un fruit duquel on aurait extrait tout le jus en l'exprimant avec la main, Nathalie Nauzes insuffle à l'écriture de Lars Norén une épaisseur et une saveur folles. Les mots ne sont finalement là que pour donner le change, les corps chargés trahissant que trop bien les affres intérieures de cette femme et de cet homme. La complexité secrète de leurs rapports ne sera jamais démêlée, si bien que le mystère capiteux se prolonge encore bien après la pièce. Des rapports où tout n'est que dérobades, faux-fuyants, agression et soumission, liberté et enfermement, mensonges et vérités de la mémoire. Le caractère sobre et tranquille de la scénographie signée Christophe Bergon ne fait que renforcer cette chape de mystère. Olivia Kerverdo et Adrien Desbons sont remarquables, et l'on ne peut qu'imaginer la confiance nécessaire envers la mise en scène pour se plonger dans cet Acte.
Cette nouvelle création de Nathalie Nauzes s'apparenterait à de la calligraphie chinoise. Un pinceau, de l'encre, et d'un seul geste, clair et obscur à la fois, la réalisation d'un idéogramme tendu comme un arc. ||
Marc Vionnet
Marc Vionnet
 
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Dylan Piaser
Dylan Piaser
Renseignements pratiques
ThéâtreActeTexte : Lars Norén
Mise en scène : Nathalie Nauzes
Avec : Olivia Kerverdo et Adrien Desbons
Scénographie et lumières : Christophe Bergon
Le 25 Octobre 2017, à 20h30ncLe ParvisCentre Commercial Le Meridien, Route de Pau, 65420 Ibos http://www.parvis.net/