Retour Accueil Actualité critique du spectacle vivant / Toulouse Métropole
> Accueil > Critique [ L'Ogrelet - Apprivoiserson ogreté

Critique

L'Ogrelet Théâtre du Grand Rond



Apprivoiser
son ogreté



Publié le 08 Février 2017


Une maison ‒ dans le bois, comme on les imagine dans les contes, fruste, inconfortable. La mère et le fils y vivent.


Vous en voulez, du jeune public qui sache réinvestir sans excès d’euphémismes ce terrain déserté qui fit la grandeur du conte, les peurs enfouies, les angoisses latentes ? En voilà un, et sous la plume de Suzanne Lebeau, dramaturge québécoise dont l'oeuvre n’est plus à défendre. Son Ogrelet réussit le pari d’un renouvellement du conte à partir de ses lignes de force classiques ‒ la marge, le merveilleux, le surpassement ‒ et de sa matière folklorique : la forêt opposée au village, le loup, et bien entendu, la guest star, l'ogre et ses festins d’enfants. Un univers familier, certes, mais entièrement réinventé dans une fable neuve, loin des adaptations contemporaines de contes préexistants. Ce qui n'empêche pas notre monde actuel de gentiment venir s’incorporer au hors-temps propre au conte, avec une facilité confondante.
Quid de l’adaptation de la compagnie 9 Thermidor, qui vient ajouter à cette double dimension de théâtre et de conte une troisième, la manipulation marionnettique ? Voire une quatrième, la musique ? On la trouve aussi convaincante que la pièce, et particulièrement esthétique.

« Le seul à trouver

des roses blanches en plein milieu de la forêt »

Il a six ans et des dimensions d’adulte : pour ses premiers jours à l’école, Simon tranche, et laisse craindre à l’institutrice quelque fâcheux débordement ; une perte de contrôle avec à la clé, la dégustation de petits camarades, par exemple. A la maison, maman se fait un sang d’encre ; pourvu que son grand petit bonhomme ne voie pas rouge ! La situation empirant, il lui faudra révéler à l’ogrelet le secret de sa naissance, qui regarde du côté du Petit Poucet, avec beaucoup d’amour en sus.
Dans la rubrique manipulation, on aime à peu près tout ce qui se fait tant que l’emploi en est judicieux ; du plus insignifiant objet à la marionnette la plus élaborée, n’importe quel travail de conception peut se défendre. Ici, la réalisation des marionnettes frappe par son esthétique polysémique, qui préserve l’humanoïde tout en se donnant la possibilité du monstre. La mère perturbe par son caractère assez burtonien. Ajustée au corps de Stéphane Boireau, la marionnette de l’ogrelet acquiert une mobilité rare dans la gamme des manipulations, ce qui renforce cette présence à la fois sympathique et inquiétante, qui peut répandre la violence sur le plateau sans être limitée du point de vue du mouvement. Il suffira de coups d’archet choisis (Pierre Burette, au violoncelle), de bascules de lumière efficaces (Brice Berthoud) pour rendre aux personnages tantôt leur attendrissante humanité, tantôt leur lien avec l’univers noir des pulsions meurtrières qui font le lit des moralités.
Quant à celle, moralité, de ce conte-ci, elle ne chausse pas de gros sabots et ne se joue dans aucune préconisation (merci !) ; disons qu’en creux, l’enfant pourra lire la détresse intrinsèque à certains comportements violents, classés comme déviants. Le combat de la mère pour son ogrelet de fils devient, dans cette perspective, particulièrement touchant.
Une mise en scène qui prend la mesure du texte et parvient à effleurer un certain tragique, fait plutôt rare pour ce qui regarde le spectacle dit jeune public. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Jeune publicL'OgreletTexte : Suzanne Lebeau
Jeu, manipulation, scénographie, mise en scène : Stéphane Boireau
Jeu, manipulation, construction marionnettes : Tamara Incekara (Sarah Darnault)
Composition et interprétation au violoncelle : Pierre Burette
Collaboration artistique : Brice Berthoud
Création lumière : Brice Berthoud, Fabien Viviani
Le 08 Février 2017Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 ToulouseMétro ligne B - Station François VerdierTél. 05 61 62 14 85 http://www.grand-rond.org/index.php?module=grandrond // contact@grand-rond.org