Retour Accueil ACTUALITE DU SPECTACLE VIVANT / TOULOUSE METROPOLE
> Accueil > Critique [ LE MARDI A MONOPRIX - Telqu'elle

Critique

LE MARDI A MONOPRIX Théâtre du Grand Rond



Tel
qu'elle



Publi le 31 Janvier 2017


Il aura plié bagages dans le laps de temps qui sépare un projet de création du spectacle achevé : un étonnant collectionneur de maisons d'édition, cet Emmanuel Darley à qui l'on doit des romans comme des pièces de théâtre, et en particulier ce solo que fit briller un grand comédien, Le Mardi à Monoprix. Pas facile de mettre ses pas dans ceux de Jean-Claude Dreyfus !
Afin de trancher, d'évincer toute tentation de comparaison, la forme a été totalement repensée : poursuivant ses recherches sur l'intégration du signe (par des créations allant au-delà, donc, d'un dispositif juxtaposant des comédien.ne.s parlant et signant), Eric Vanelle a choisi de déplier le personnage en deux facettes, interprétées par Marc Compozieux et Delphine Saint-Raymond ; on ne présente plus le premier, et quant à la seconde, elle aura régalé le public, ces dernières saisons, dans Les Amours inutiles (ici).

"Quel mot dire pour faire comme si de rien ?"

Il n'a pas habitué le public à ce dépouillement, ni dans la direction de l'acteur, ni dans le rapport au plateau – sobre et délicate scénographie, glissons-le d'emblée, qui fait la part belle à la lumière (Paulin Brisset), usant de lumignons comme d'une suggestion de présences humaines, notamment pour faire vivre l'intérieur de Monoprix. C'est dans ce magasin que Marie-Pierre se rend tous les mardis avec son père, dont elle prend soin de façon hebdomadaire et méthodiquement organisée, répétant chaque semaine le même planning, les mêmes gestes, les mêmes absences de conversation. Le mardi, c'est sacrifice de l'enfant pour le père, c'est silence, regards obliques. Le mardi, c'est bête de foire : aussi féminine soit-elle, Marie-Pierre n'évince pas tout à fait Jean-Pierre. Et le pater... disons qu'il a du mal a digérer la transformation. Le tour de force de Darley, c'est de n'impliquer le procès de personne, sinon peut-être des clients du Monoprix. La seule réserve qu'on aurait tiendrait à son effet de chute, tentative d'un grand saut dans le tragique dont le texte, nourri d'émotions plus subtiles, pouvait largement se passer.
Une épure étonnante, loin des chassés-croisés mouvementés des précédentes créations, où se lisait perpétuellement l'héritage du vaudeville. Le spectacle y gagne une sorte d'abstraction, une patine contemporaine très appréciable. La mise en scène s'autorise même des séquences assez longues d'immobilité au plateau (immobilité à nuancer par la vivacité du signe, évidemment) : Marc Compozieux surprend par un jeu extrêmement rentré, une diction douce et plus linéaire que ce que l'on pourrait imaginer face au personnage ; une interprétation qui laisse le texte révéler ses aspérités sans le surcharger. Il y a là une grande humilité de l'acteur, qui rend le personnage diablement attachant. La coprésence d'une comédienne et d'un comédien n'est pas reçue comme un contraste sexué : tous deux sont femme, tous deux sont homme s'il le faut ; ne serait-ce que pour faire vivre la présence du père. Delphine Saint-Raymond assure, par le caractère expressif de son interprétation signée, les émotions les plus marquées – c'est elle qui obtient les sourires dans la salle. Marc Compozieux vient chercher quelque chose de plus trouble ; difficile de savoir si sa présence, ce soir-là très cintrée, tenait à la première, mais la pudeur qu'il dégageait était plutôt un atout, dans la perspective d'un contraste, d'un duo de comédiens aux personnalités préservées.
Un beau solo en pas de deux, escorté par les compositions de Gilles Carles et Philippe Cataix, du duo L'Empreinte. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Théâtre - bilingue LSFLE MARDI A MONOPRIXEmmanuel Darley / Eric Vanelle
Avec Delphine Saint-Raymond et Marc Compozieux
Scénographie : Paulin Brisset et Eric Vanelle
Compositions : Gilles Carles (guitare) et Philippe Cataix (accordéon)
Lumière : Paulin Brisset
Chorégraphie : Lucie Lataste
Costumes : Laetitia Bos
Du 03 Octobre 2017 au 14 Octobre 2017, à 21h8 et 12€Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 Toulouse http://www.grand-rond.org/index.php?module=grandrond