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Critique (archives)

2 Le Ring



Fresque sonore



Publié le 12 Décembre 2016


Concept créé en 2014, Intersection met en relation des vidéos du fonds des Abattoirs-FRAC Midi-Pyrénées et des textes choisis par des libraires de la région. Ce jeudi, l'intersection allait plus loin encore puisqu'elle croisait à la fois ce concept, les jeudis des Abattoirs et le festival Graphéine, mettant en lien les vidéos de Marianne Plo et l'univers de la Compagnie des Limbes, dont la performance entrait en étroite résonance avec l’œuvre de la vidéaste.

L'homme, l'animal et la machine

Veste en cuir et veste K-way, les deux artistes arrivent. L'un se place derrière les claviers et machines installés au centre de la pièce, l'autre arpente l'espace tranquillement, le regard neutre et lointain, comme vers un paysage situé tout autour du public et parmi lui. Un cri d'oiseau s'échappe alors de sa bouche. Puis un autre. De piaillement en coassement, l'énumération des dialogues imaginaires d'une foule aviaire introduit le public à la fois amusé et admiratif des techniques du bruitiste dans une dimension onirique.
2 trouve dans chaque nouvel espace où elle se produit une façon d'interagir avec lui, et ici la grande salle Picasso des Abattoirs se prête immédiatement au jeu, avec l'acoustique de son haut plafond et sa configuration ouverte. Amplificateur des échos d'une étrange forêt, le hall faiblement éclairé se fait réceptacle de signaux profonds et obsédants tandis que les hululements deviennent chants et que la voix de tête de Loïc Varanguien de Villepin s'évanouit dans les sons électroniques de Benjamin Wünsch, qui vient d'activer ses instruments.
Sons longs, ondulants, stridents, les loops se mêlent à la voix qui, du cri d'oiseau, est progressivement devenu cri d'appel. Les machines imitent des sirènes d'alerte, les nappes vocales oscillant vers des tons voisins sonnent comme une alarme, un signal, un gémissement tragique, qui fait basculer l'image d'une simple balade sylvestre en quelque chose de plus intense. Le vacarme d'une nature sauvage : l'homme qui y retourne semble retrouver quelque chose de spirituel, est devenu sourd, profond, poignant, tandis que les corps restent neutres, expressifs seulement par les sons qu'ils produisent. Puis le corps du contre-ténor se déplace, commence à courir en rond autour du public sur ces lents sons d'alarmes, et l'inquiétant déborde parfois sur le risible, le rire se déjaunit.
On est dans une ambiance étrange, où les animaux et les humains se mélangent, se confondent, sans que l'on sache si l'on doit s'en amuser ou s'en inquiéter, sous le regard des êtres hybrides de La dépouille du Minotaure en costume d'Arlequin de Picasso, qui occupe tout le mur du fond. La vidéo de Marianne Plo, projetée à la fin de la performance, achève d'illustrer ces métamorphoses sonores et mentales, représentant une famille dans une espèce de jungle, puis une surimpression de leurs visages et de têtes de fauves, comme si les humains se changeaient en animaux ou inversement.

Du cri au langage, sans paroles

Dans cette performance musicale sans paroles, le langage est pourtant présent et semble être interrogé tout particulièrement dans ce qu'il a de plus primitif. À travers les séries de sons descendants glissando comme des bâillements de chanteur, la voix – premier outil de la parole – s'exerce et, le long d'une frontière floue, passe de l'échauffement et de l'expérimentation à l'expression.
Car, sans mots ni indice facial, les sons émis par l'ancien chanteur lyrique et le musicien qui trafique ses claviers, delayers et boîte à sons, transmettent clairement un message, si sibyllin soit-il. Une émotion passe, des idées, des images. Avec chacun leur lexique, les bruits humains, animaux et électroniques sont ramenés sur un même plan, participant d'un dialogue profond et incertain à la fois, comme le révélateur presque mystique d'une origine ou d'un devenir communs.
Si la quasi-totalité de la performance est écrite, un passage fait néanmoins appel à une certaine part d'improvisation, et coïncide avec l’interrogation la plus flagrante du langage. Bribes de phrases tuées dans l’œuf, non-mots – rots, « ahem » et « euh... » d'hésitation... –, interjections mal articulées, bruits confus de phrases comme entendues de loin, indistinctes et pourtant évocatrices par leurs intonations, ce joyeux bouquet qui par répétition devient carrément comique et évoque des scènes dont l'appartenance à des lieux-communs les rend ridicules : le pépiement suivi d'aboiements suivis de marmonnements de petits vieux à leur toutou par exemple...
Un état de communication primitif, où la langue n'existe pas, où le chanteur ne fait finalement que singer la parole, la renvoie à ce qu'elle a d'usé, et donc de retour aux débuts du langage, quand animaux et humains possédaient le même degré d'articulation et de richesse de vocabulaire. Et il nous rappelle, en même temps, la force poétique parce que viscérale de ce langage primitif qui n'est que voix, qu'elle soit cri ou chant. ||
Gladys Vantrepotte
Gladys Vantrepotte
 
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DR
Renseignements pratiques
Pluridisciplinaire2
Romain Jarry et Loïc Varanguien de Villepin  : Metteurs en scène
Benjamin Wünsch : instruments électronique (Juno 6, Korg ms 10, boite à sons, effets lexicon, delayers...)
Loïc Varanguien de Villepin : Voix
Le 06 Mai 2017, à 20h308 et 12€Le Ring151, route de Blagnac - 31200 ToulouseBus n° 16 ou 71 - arrêt RoquesTél. 05 34 51 34 66 // Fax : 05 61 42 82 61 www.theatre2lacte-lering.com // contact@theatre2lacte.com