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Critique

Tesseract Centre culturel de Ramonville



Hypercube



Publié le 22 Octobre 2016


Un tesseract, c’est un cube en quatre dimensions, dont la quatrième est le temps. Tesseract, c'est une histoire au cube, dont les trois dimensions seraient le cirque, le théâtre d'objet et la danse. L'Européenne de cirques, festival organisé par la Grainerie, touchait à sa fin avec ce spectacle de l'Espagnol Nacho Flores, acrobate et funambule formé à Madrid, Buenos Aires, Moscou, mais aussi au Lido. Le pari de l'artiste : prendre pour point de départ de simples cubes en bois, développer une discipline inédite d'équilibre sur cube et réussir à raconter quelque chose avec.

Ordo ab chao

Au plateau serpente une ligne de colonnes rectangulaires composées de cubes de bois. Au bout du chemin, sur les dernières colonnes : une petite chaise. Puis, une table. Puis, juché sur le dernier poteau, comme la coiffe d'un totem : une plante verte.
Dans ce décor presque quotidien, le normal va vite se faire la malle, au fur et à mesure des défis que se lance l'acrobate. Tout commence et finit avec les cubes en bois : empilés, déplacés, écroulés, réagencés, jetés, récoltés, assemblés, ils sont à la fois décor, accessoires et partenaires de jeu. Tels des pierres ou des pixels, ils sont les modules d'une scénographie évolutive à l'infini, évoquant paysages, architectures, personnages...
Ce mouvement perpétuel en contient deux opposés : la destruction et la création, entre lesquels l'histoire ne cesse d'osciller. À force de jouer avec les constructions et leur instabilité, le personnage finit par les détruire. Puis il rencontre deux êtres de bois, qu'il finit également par décomposer en voulant interagir avec eux. Mais, des décombres, s'anime un compagnon fait de cubes, manipulé par derrière. Il ne fera pas long feu… L’antagonisme de ces deux pulsions donne son rythme à la pièce. Ce qui est mis en scène, c’est ce plaisir de l'enfant comme de l'artiste à créer à partir du chaos, à détruire pour mieux reconstruire, à tanguer entre équilibre et déséquilibre, solitude et sociabilisation, jusqu'à ne plus maîtriser ce à quoi l'imagination a donné forme et réussir à entraîner le spectateur dans un espace où les frontières entre réel, virtuel, physique et métaphysique sont brouillées.

Newton VS Nacho

Sans paroles si ce n'est quelques onomatopées, rires et interjections bien placées, le spectacle est accompagné d'ambiances sonores créées en direct par un guitariste dissimulé au public. Mais le verbe est inutile, car les quelques gestes et regards économiquement dirigés suffisent à faire deviner les intentions du personnage, et ce sont leur absurdité et leur apparente impossibilité qui provoquent, avant même l'action, l'effet comique et décalé.
La complicité aussi est créée par les quelques expressions du personnage aux allures de clown moderne : « ouuuhlàlàlà », dit celui qui se rend compte, en même temps que le public, de l'instabilité de sa position. Rapidement, l'acrobate agile et barbu s’estompe derrière un personnage quasi enfantin, dont la maladresse et le déséquilibre évoquent celui du petit enfant qui, dans un monde qui n’est pas réellement à son échelle, part à l'exploration de ce qui l'entoure d'un pas mal assuré, et ne cesse de se mettre en danger par jeu et par test tandis que chaque geste est un défi en même temps qu'un risque pour lui-même et pour ce qui l'entoure. Lorsque Nacho Flores saute de colonne en colonne branlante, c'est un enfant qui bondit d'une bande blanche à l'autre du passage piéton. Lorsqu'il fait tomber en riant malicieusement les cubes qui lui assuraient une certaine stabilité, c'est l'enfant qui cherche les limites de son propre corps tout comme celles du monde physique qui l'entoure. Le détournement des objets et des matériaux, c'est celui d'un enfant qui utilise n'importe quoi comme prétexte de jeu et se compose à partir d'un simple mobilier de salon et de cubes en bois de diverses dimensions une véritable aventure.
Le spectacle est rythmé par son découpage en plusieurs chapitres, comme les différents numéros d'une représentation circassienne. Mais chacun contient en lui-même une sorte de quête, de tentative, si absurde soit-elle : de l'arrosage d'une plante à la montée d'un escalier en cours de désintégration en passant par l’escalade d'un homme de bois ou la réparation d’un autre... L'histoire a quelque chose d'initiatique, tandis que l'on évolue du jeu de cubes en bois au jeu vidéo avec les projections en mapping sur les colonnes en escalier. La métaphore d'un enfant grandissant ?
Sans jamais réduire la prouesse acrobatique à elle-même, Nacho Flores parvient à créer au plateau de nombreuses images et une histoire plurielle qui parle à chacun à son niveau. ||
Gladys Vantrepotte
Gladys Vantrepotte
 
logo du clou
Andrea Macchia
Erik Damiano
Renseignements pratiques
Européenne de Cirques
TesseractConception et interprétation : Nacho Flores
Technique et manipulation d'objets : Ayelen Cantini
Création musicale – manipulation d'objets : Alessandro Angius
Création lumière et régie générale : Thomas Bourreau assisté de Julie Darramon
Conseiller artistique : Christian Coumin
Coordination artistique : Pau Portabella
Création vidéo mapping : Daniel Forniguera
Création des costumes : Noémie Edel
Construction : Franck Breuil
Conseiller chorégraphique : Ben Fury
Conseiller marionnettiste : Merlin Borg
Le 22 Octobre 2016Centre culturel de RamonvillePlace Jean-Jaures - 31520 Ramonville Saint-Agne http://www.mairie-ramonville.fr