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Critique

Je dirai qu'il est trop tard quand je serai mort.e Centre culturel Alban-Minville



Sa ferveur



Publié le 28 Octobre 2016


Apprenez un pas

Une danse

Charlotte Delbo, "Prière aux vivants"



La courroie est solide, éprouvée depuis des mois : la courroie de transmission. En sortant du Vent des Signes, on interroge en soi ce qui fait que ça passe, ça circule, ça se reçoit – on interroge d'autant plus que les titres commençant par JE éveillent toujours quelque suspicion. Inquiétude vite balayée, dont il ne restera que quelques miettes, détails afférents aux soirs de première : oui, ça passe, ça déplace. Ça sillonne en l'humain, ça ne galvaude pas le mot partage.
Ça : la dernière création d'Anne Lefèvre, qui met une fois de plus son véto aux litanies des chantres de l'inespoir et sème, en très belle compagnie, des panneaux de redirection sur les routes encombrées, les rétrécissements de chaussée, les chemins de traverse par trop traversés. Itinéraires bis, ter, vous voilà !

De la performance au performatif : "Rester en alerte de désir"

Comment ça passe ? C'est l'histoire d'un texte, en premier lieu. On dirait que c'est parti : parole qui se fait acte à l'instant où elle s'énonce, ainsi l'écriture implante-t-elle la création dans le champ du performatif, qui rejoint la quête d'immédiateté et de surgissement propre à la performance. On le sait pour avoir vu des bribes du projet l'an passé, cela fait des mois et des mois (ces mois et ces mois que nous avons passés sous une chape de plomb par instants rappelée, conjurée), des mois et des mois, donc, que c'est parti, que ça pousse, et ce afin que s'ouvre, accueillant, un véritable là maintenant. Un laps, pour ainsi dire, un laps paradoxal qui est aussi, pour le public, ce (magnifique !) temps de prendre âme.

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De ce texte qui parle de nous à travers un JE inclusif, on ne fera pas ici le tour, impossible. On en retient la densité, le claquant des débuts de phrase, le plaisir de l'énumération, les listes anaphoriques – un texte où Philippe Motta a laissé traîner son regard, cela se sent. On en retient les pistes multiples, l'arborescence vitale, les nombreuses invitations, le mot d'ordre photographié ci-dessus et une suggestion, enfin, dont chacun percevra le pudique sous-texte : Je veux danser aux terrasses du vivant.
Alors dansons. Il y a ce plateau et ces murs couverts de bâches en plastique, prêts à être dévoilés. Surfaces vierges, protégées des poussières – lieu où il ne serait jamais "trop tard" ? Et il y a ce jeune danseur (Fabien Gautier) que l'on ne connaissait pas et dont la présence (le corps, la voix) produit un extraordinaire contraste. Anne Lefèvre et Sébastien Bouzin sont faux-jumeaux de tessiture, d'éruptions vocales, de gestuelles convulsives. Fabien amène à ce tandem sauvage et catastrophé quelque chose comme une adolescence, un étonnement d'être là – en ce soir de première, c'est lui qui tenait le fil de la performance, lui face à eux, lui si bien choisi pour être là parmi eux.  
Les miettes ? Quelques secondes de trop, certainement, dans ces passages où le texte est déserté pour faire entrer le spectateur dans un cocon tissé par des accords de guitare et un chant amniotiques ; y retrouver la douceur, oui, s'y prélasser, non. Et un regret, peut-être : cette régie semi-in qui laisse tout de même en marge une Audrey Gary que l'on verrait bien investir la parole elle aussi – sans quitter sa place, au hasard des belles convocations permises par le travail de diffraction vidéo (Alain Chaix).
On en sort revigoré, rerespirant. De création en création, de gravats (ici) en interpellations (), Anne Lefèvre poursuit son exploration du plateau dans la direction de l'Autre, sans sacrifier aucunement aux dimensions sociopolitique ou réaliste. De plus en plus, elle s'entoure, et c'est toujours une sacrée équipée pour ses complices et son public : sa ferveur se fait leur, leur ferveur se fait nôtre. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
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Fabien le Prieult
Fabien le Prieult
Renseignements pratiques
ThéâtreJe dirai qu'il est trop tard quand je serai mort.eTexte et conception : Anne Lefèvre
Avec Sébastien Bouzin, Alain Chaix, Audrey Gary, Fabien Gautier et Anne Lefèvre
Vidéos : Fabien Daguerre - Alain Chaix
Montage : Fabien Daguerre, Anne Lefèvre, Alain Chaix
Création lumière : René Stinville
Accompagnement technique : Pierre Comte
Du 05 Octobre 2017 au 07 Octobre 2017, à 20hncCentre culturel Alban-Minville67, allee de Bellefontaine - 31100 Toulouseje_dirai_49accueil.a.minville@mairie-toulouse.fr