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L'écho du brigadier

Critique

L'homme-poubelle Théâtre du Pont Neuf



Compost de mots



Publié le 26 Mai 2010


Le Théâtre du Pont Neuf accueille de nouveau la Compagnie Du Petit Matin dans un texte puissant du dramaturge roumain Matei Visniec, L’homme-poubelle, avec pour second titre "Théâtre décomposé". Décomposition de la structure de la pièce, décomposition des mots, du langage, du monde tel que nous le percevons : L’homme-poubelle propose des saynètes noires et humoristiques, caustiques et drôles, à jouer dans l’ordre que l’on veut.

Des personnages recyclables…

Plongés dans l’obscurité, deux personnages dialoguent, l’un avec douceur, l’autre avec véhémence. Quand la lumière s’élève sur le plateau, le public s’aperçoit qu’il n’y a qu’une comédienne en scène, qui se scinde en deux personnages de manière quasi schizophrène, puis disparaît dans la pénombre. La lumière fait ensuite apparaître un tortionnaire cinglé et ses sbires (au féminin), pareilles à des siamois : l’une commence une phrase que l’autre achève, dans une gestuelle mimétique et complémentaire. Le texte emporte une hilarité absurde, puisque les trois sadiques s’acharnent à faire dire "ficelle" à un pauvre homme à l’air comme au comportement à la fois dociles et stupides. Et il s’y emploie, à dire "ficelle", sur tous les tons et à pleins poumons – mais dans la situation kafkaïenne de la scène, ses bourreaux ne l’entendent visiblement pas et poursuivent leur petit jeu.
Il y a  aussi cet homme qui rentre chez lui le soir, le manteau couvert des détritus que les gens y ont accolés, homme-poubelle garni comme un musée humain. Il y a cet être à la voix criarde, presque insupportable, qui raconte comment la ville a été envahie par des papillons carnivores, lesquels dépècent les gens jusqu’à la moelle et en font reluire la carcasse ; ou ce personnage, carnivore lui aussi, assoiffé de chair, qui se grignote lui-même avec jouissance, s’auto-alimente et se reconstitue à l’infini. Il y a encore cet autre, aussi frappé que le Chapelier Fou de Lewis Carroll, qui vit en symbiose avec une vraie ménagerie. Ainsi hérisson, serpents, lapins, perroquet, entre autres créatures sympathiques, viennent-ils se loger dans les entrelacs de son corps quand vient l’heure de rejoindre Morphée. Et puis il y a ces hommes et ces femmes qui vivent dans un cercle et dont l’existence est cantonnée à obéir à ses lois draconiennes…

… aux détritus absurdes de l’humanité

On reconnaît dans l’écriture de Visniec les solides influences de la littérature et du théâtre de l’absurde, l’ombre de Kafka, Beckett, Ionesco ou encore, dans sa manière de travailler la langue et de mêler d’étranges personnages à un bestiaire poétique et mortifère, un lien de parenté avec Novarina.
Vêtus et partiellement grimés de noir, les comédiens surgissent comme des apparitions curieuses et fantomatiques dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle des films de Jean-Pierre Jeunet ou de Tim Burton. Ils s’approprient de manière ludique ce texte fort, qui aborde les méandres et les turpitudes de l’humanité, de ses protagonistes, et n’hésitent pas à jouer avec le public. Mais malgré les propos morbides et mortifères du texte de Visniec, la mise en scène de Bruno Abadie favorise son caractère humoristique, lequel prédomine sur l’inquiétant.
Le jeu de Bruno Abadie est très maîtrisé, quand on ressent moins d’expérience dans celui des trois jeunes comédiennes, mais il ressort de ce spectacle une belle mise en valeur du texte de Visniec. Il y a dans son écriture singulière et pertinente une incroyable force qui aborde de manière singulière l’horreur, la bêtise humaine ou l’absurdité de l’existence. L’homme-poubelle est un texte à découvrir et explorer, dans lequel il n’y a rien à jeter. ||
Mélinée Benamou
Mélinée Benamou
 
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Camille Chalain / Le Clou dans la Planche
Camille Chalain / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ThéâtreL'homme-poubelleDe Matéi Visniec / Cie du Petit Matin.
Mise en scène : Bruno Abadie.
Création lumières : Antoine Dufour.
Avec Justine Gorriz, Margaux Laborde, Mélissa Servat, Sébastien Terrisse et Bruno Abadie. Le 26 Mai 2010Tarifs 8 et 12 €.Théâtre du Pont Neuf8 place Arzac, 31300 ToulouseMétro ligne A - Station Saint-Cyprien RépubliqueTél. 05 62 21 51 78 http://www.theatredupontneuf.fr // theatredupontneuf@free.fr