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Critique

G.R.A.I.N - Histoire de fous Festival off d'Avignon



Défilé de dingue(s)



Publié le 13 Septembre 2016

A retrouver sur le Off.


C'est un public prêt à se laisser séduire qui attendait Marie-Magdeleine face à la Mairie de Ramonville. Que d'impatience ! La plupart des spectateurs, ainsi que le Clou, venaient pour l’avoir découverte avec son premier spectacle, La Famille vient en mangeant, véritable success-story depuis sa création en 2012.

« Soyons fous, comme on dit »

La Compagnie Mmm a donc encore frappé. Après la famille, il s’agit cette fois-ci d’une immersion dans la folie médicamentée : engagée pour donner des ateliers de théâtre au sein du G.R.A.I.N (Groupe de Réhabilitation Après un Internement ou… N’importe), Marie-Magdeleine a pour mission d’égayer la vie morose d'une poignée de fous (dixit eux-mêmes) sous médocs. Et ce ne sera pas une mince affaire. Un mythomane en puissance, une dangereuse dépressive, une introvertie angoissée et un maniaque alcoolique : dans ces conditions, pas facile de donner une leçon de théâtre ! De plus, tous les employés et adhérents de l’association sont heurtés par le décès récent de l’une des leurs : Caroline, ex-candidate au suicide qui eut la malchance de réussir son coup.
Dès les premières minutes, humour et traits d’esprit sont au rendez-vous. Premier exercice de la séance : trouver son animal. Deuxième exercice : improviser à deux. Ce passage, drôlatique en diable, révèle la performance d’une comédienne en pleine possession de ses moyens.
Ce groupe de malades et de soignants ressemble finalement aussi à une famille. Dans ce petit monde de gentils tarés et d’accompagnants, c’est à se demander qui est le/la plus dément(e). Toute la représentation constitue une succession d’enchaînements rocambolesques, de péripéties, de moments de crise et de quiproquos. 1h40 de folie douce et maîtrisée.

Une actrice aux multiples facettes

Elle endosse, là encore, les personnalités de huit rôles différents (Marie-Ma’, Jérémy, Sophie, Patrick, Philippe, Christian, Laurence et Françoise). Pas mal pour une seule comédienne. Est-ce réussi ? Plutôt. Marie-Ma’ change de personnalité comme de chemisier. Des temps justes. Des répliques recherchées. Une histoire bien construite. Tous les ingrédients sont là pour que la mayonnaise prenne et la mayonnaise prend. Chaque personnage existe vraiment, pour ce parti pris de spectacle c’est bien le principal : avec simplicité et aisance, l’actrice entrelace les rôles. Précise et généreuse dans l’effort, elle passe d’un hâbleur vulgaire à une jeune timorée sans aucun problème. Il y en a eu, du travail millimétré pendant les répétitions, on le sent... tout à l’air si facile ! La mise en scène est principalement axée sur cette fine direction d’actrice.
Au-delà de l'écriture, c’est là que Julien Marot intervient, on l’oublierait presque, s’il n’était pas sympathiquement présenté pendant les saluts. Un tabouret et 'rien d’autre', si ce n’est quelques G.R.A.I.N.s de folie et une énergie tonitruante. Le jeu de la comédienne, le texte et un seul élément de costume suffisent à embarquer le public dans le monde des bipolaires canalisés grâce au « biprex ». Le biprex ? Un traitement de choc pour calmer les ardeurs et les humeurs de ses brebis galeuses que l’on parque hors du troupeau.
En somme, la compagnie Mmm réutilise bien la recette qui fit le succès de son premier spectacle. Il faut espérer que son public ne s'en lasse pas trop vite. Ce second opus théâtral possède une qualité que le premier ne possédait peut-être pas : une critique ciblée et une invitation à penser un fait de société. La médecine conventionnelle est interrogée sur son efficacité, sa légitimité et sur les modes de traitement utilisés sur des personnes marginalisées pour cause de comportements déviants. La place est faite à des asociaux, à des laissés-pour-compte, à des inadaptés. C’est bien là une des premières missions du théâtre : faire entendre ceux que l’on n'entend pas. Faire voir ce que l’on ne voit pas. Tant mieux si cela est fait avec humour.
D’autant que derrière les aspects comiques du spectacle, une question sociétale voit le jour et nous rappelle que certains questionnements sont essentiels, surtout lorsqu’ils concernent les racines profondes du vivre-ensemble. ||
Ludovic Camdessus
Ludovic Camdessus
 
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Pitchographie
Jessica Nativel
Renseignements pratiques
Théâtre, rueG.R.A.I.N - Histoire de fousCompagnie Mmm
Ecrit par Marie-Magdeleine et Julien Marot
Interprêté par Marie-Magdeleine
Mise en scène : Julien Marot
Le 13 Septembre 2016Festival off d'Avignon