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En création

Soif Théâtre du Grand Rond



« La nuit,
je rejoins les autres »



Publi le 30 Janvier 2016



La compagnie Vendaval – espagnole d’origine, gerçoise d’adoption – propose une nouvelle adaptation de son spectacle Soif, initialement joué en extérieur, ici réimaginé en version salle.
Carmela Acuyo s’appuie sur les mots de l’écrivaine Charlotte Delbo pour évoquer – en pas et en paroles – l’univers concentrationnaire et l’enfer de la déportation, dans la peau d’une rescapée qui cherche à prendre la parole pour toutes celles qui ne peuvent le faire.

« Je leur mens à tous »

Comment expliquer l’inexplicable, avec quels mots ? Helen Miller, seule sur une scène quasi vide, ne saura répondre puisqu’elle ment, et ce depuis des années. Son second mari et son fils ignorent tout de son passé, qu’elle ne revisite qu’une fois la nuit tombée, retrouvant dans son sommeil les souvenirs enfouis et les femmes avec qui elle avait partagé son quotidien concentrationnaire.
Les séquences dansées et les monologues (dans lesquels elle s’adresse directement aux camarades disparues) alternent, réponses différentes à la même pulsion, la même urgence ; réponses frénétiques, parfois. La danseuse doit lutter pour garder le contrôle de ses membres secoués de spasmes, ballotée d’un côté à l'autre de la scène, cherchant à retenir une main qui veut s’envoler comme un oiseau.
« Pourquoi, pourquoi ? » s’écriera-t-elle. Et toujours cette soif qui revient comme un refrain, cette soif qu’on ne peut étancher et qui mène inévitablement à la folie.

« Je suis morte avec vous »

Au cœur de ce témoignage sur la mort et l'horreur quotidiennes, une attention constante est portée sur la solidarité entre détenues devenues amies. Encouragements, gestes de générosité dans les limites du possible, remémorations des petits luxes d’un autre temps. « Et toi, que fais-tu pendant l’appel ? ». Dans la solidarité féminine, il subsiste quelques traces de l’univers qui existe en dehors du camp, lequel est voué à la destruction de tout ce qui est humain. Les détenues luttent pour garder le souvenir de celles qui sont parties en premier, et la rescapée, vingt ans après, s’efforce de redire leurs noms un par un.
Mais avec l’hommage vient la question du devoir de mémoire, de la nécessité de continuer à transmettre et surtout de continuer à donner la parole aux victimes, même de nombreuses années après leur disparition. "Il fallait revenir pour dire, elles voulaient toutes survivre pour dire, pour changer le monde avec des mots... Et moi j'ai rien dit car il faudrait les mots pour expliquer l'inexplicable, mais ces mots n'existent pas". La rescapée fait face à sa propre culpabilité de survivante pour rendre hommage à l’humanité qu’elle a pu percevoir au milieu de la barbarie, tout en soulignant la nécessité de continuer à transmettre – ce que  Carmela Acuyo réussit fort bien. ||
Roshnara Corby
Roshnara Corby
 
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Pierre Bo� / Le Clou dans la planche
Pierre Bo� / Le Clou dans la planche
Renseignements pratiques
DanseSoifDir. artistique, écriture & interprétation : Carmela Acuyo
Mise en scène : Mariya Aneva
D’après les textes de Charlotte Delbo
Du 19 Septembre 2017 au 23 Septembre 2017, à 21h8 et 12€Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 Toulouse http://www.grand-rond.org/index.php?module=grandrond