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Critique

Perdre connaissance Théâtre du Grand Rond



Petites abeilles



Publié le 14 Novembre 2015

A retrouver au Grand Rond.


SURRÉALISME : automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.


Lorsque Didier Roux, en préambule au spectacle, prépare les spectateurs venus au Hangar à se détacher des repères habituellement liés au théâtre – à commencer par le lien étroit entre trame narrative et dramaturgie – et à ouvrir les écoutilles pour réceptionner un travail d'improvisation particulièrement choral (treize comédiens), le principe d'écriture automatique traverse l'esprit, bien sûr. Perdre connaissance, c'est aussi perdre conscience, accepter d'affleurer une zone de surgissement, d'étrange spontanéité.

Entrons dans la ruche

Des chaises pour tout appui de jeu et pour seule contrainte : les comédiens s'approprient le plateau par une écriture scénique en tension, entre l'approche chorale et l'initiative individuelle – le mouvement les portant le plus souvent à commuter l'individuel en collectif. La scène du Hangar, plus profonde que large, se remplit ainsi par strates visuelles, les uns s'affairant en arrière-plan tandis que l'un(e) ou l'autre émerge soudain, monologue aux lèvres.... Un ballet de corps, de mots et parfois, de musique, qui se cherche des rebonds rythmiques (et les trouve).

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L'improvisation tenant pour beaucoup aux capacités d'écoute (à comprendre ici au sens large : les mots peut-être, mais l'énergie physique plus encore), la multiplication des comédiens sur le plateau relève de la gageure, tout en donnant au spectacle une quantité non négligeable de ressources. On pourrait dire : si les uns faiblissent, les autres prennent la relève, et sans doute que de telles secondes de "sas" se perçoivent encore, en ces premiers pas de création, quand le même motif visuel est repiqué quelques secondes de trop. Le plus souvent, toutefois, la circulation de l'énergie sur le plateau se fait avec une intuition qui force le respect. On perçoit le travail fourni en amont, entre lâcher-prise et détection-anticipation de ce que l'autre a à proposer.
Petites abeilles solistes ou chorales, petites abeilles sortantes, entrantes, traversantes... On sent, régulièrement, comme une occulte communication saisir les treize électrons, qui n'est pas sans exercer une certaine fascination. Celle, peut-être, du maladroit bipède face à une ruche en ébullition.
Et puis après, on sort. On ne sait pas vraiment, alors, qu'on est le vendredi 13 novembre 2015 ; on ne sait pas encore que l'on s'en souviendra longtemps, très longtemps. Le lendemain, les termes spontanéité, (in)conscience et écriture ont comme un autre goût – on se demande, forcément, comment les petites abeilles joueront, après cette nuit-là, la danse de notre petit monde. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
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Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Théâtre
Perdre connaissance
Direction Didier Roux
Avec Lise Avignon, Juliana Béjaud, Cécile Brosed, Pascale Calvet, Thibault Deblache, Amélie Gasparotto, Muriel Lamy, Charlotte Piarulli, Enzo Redon, Laurence Riout, Clara Stauch, Anna Vanneau, Anne Violet
Le 14 Novembre 2015Théâtre du Grand Rond23, rue des Potiers, 31000 ToulouseMétro ligne B - Station François VerdierTél. 05 61 62 14 85 http://www.grand-rond.org/index.php?module=grandrond // contact@grand-rond.org