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Critique

La vie rêvée d'Eugénie Hugo Le Chapeau Rouge



Souvenirs imaginaires



Publié le 06 Mars 2015


On ne donne que trop rarement la parole à Eugénie : première des enfants de Victor Hugo, née de mère inconnue morte en couches, la jeune fille passe son temps à rêvasser en observant les passants depuis la fenêtre de sa chambre. Elle relate sa tristesse, ses peurs et ses espoirs de fille illégitime et indésirée, oubliée au point où, étrangement, on n’en retrouvera aucune trace dans les livres d'histoire… En exclusivité donc, pour ainsi dire : La Vie rêvée d’Eugénie Hugo de Luc Tallieu.

"Ils ne s'intéressaient à moi

que pour respirer le même air que papa"

L'état de frustration permanent est peut-être inhérent à l'âge adolescent, mais Eugénie Hugo a bien des prétextes pour ne pas être bien dans ses pompes. Elle est au sein du foyer familial une sorte de présence fantomatique, éclipsée par sa petite soeur Léopoldine, prunelle des yeux au destin "tragique… mais magnifique" : une mort par noyade qui marquera la famille à jamais. Le père adoré se consacre à son illustre carrière littéraire et politique ainsi qu'à ses multiples relations extra-conjugales ("Juliette était l'officielle, et il y avait les autres") et tolère à peine la présence de la fille illégitime.
Jamais vraiment reniée, mais tout à fait ignorée, Eugénie doit garder un profil bas et se retirer dans sa chambre lors de l'arrivée des nombreux invités de renom, avant de finir reléguée en pension chez les bonnes soeurs où Adèle, sa belle-mère, lui rendra visite avant tout pour bénéficier du parc agréable qui avoisine le couvent. Suite à son retour au berceau après la mort de Léopoldine, ses soi-disants soupirants s'intéressant plus au grand homme qu'aux beaux yeux de la demoiselle. Jusqu'à la rencontre avec un certain Hector Berlioz, lequel insiste un soir sur la présence d'Eugénie à table…

"Et moi, je n'existe pas..?"

C'est Eugénie elle-même qui nous conte son histoire, sous la forme d'un monologue entrecoupé d'enregistrements sonores, d’extraits des textes d’Hugo et d’interludes musicaux. Seule au milieu d'une scénographie modeste représentant le bureau du grand auteur avec sa fameuse écritoire surélevée, elle est vive et volubile, tantôt résignée, tantôt échauffée ("Je suis sa muse quand même !").
Lucie Falcou livre un portrait tout à fait réussi d'une jeune femme dont l'existence est marquée par la lassitude et l'injustice, mais aussi par l'imagination et l'espoir, jusqu'au choc du retournement de situation qui révèle le véritable état psychologique du personnage. On pourrait pinailler, si on le souhaitait, un tout petit peu au sujet de ce choix de révélation, qui aurait pu être plus subtil et décliné au fil du récit, plus intégré au profil du personnage. Mais il s'agit là d’un des rares bémols de ce joli moment de théâtre, original et sincère. ||
Roshnara Corby
Roshnara Corby
 
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Renseignements pratiques
ThéâtreLa vie rêvée d'Eugénie HugoUne pièce écrite et mise en scène par Luc TALLIEU
Interprétée par Lucie FALCOU
Avec la participation audio de  : Guy-Michel CARBOU dans le rôle de Victor Hugo,  Marie-Hélène PLANEL, Ornella GRASSO, Cédrine BOUSQUET, Isabelle LEGENDRE
Le 06 Mars 2015Le Chapeau Rouge56, allées Charles-de-Fitte, 31300 ToulouseMétro ligne A - Station Saint-Cyprien République
Bus n° 1, 14, 66, 3
Tél. 05 61 22 27 77spectacles/lechapeaurouge@mairie-toulouse.fr