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Critique

AŽl Le Bijou



Quand gourou fou joue,
ça joue



Publiť le 18 Octobre 2014


Auteur-compositeur-chanteur-comédien-guitariste-luthier-à-ses-heures, Aël se gausse des cases à cocher, écrase les classifications, dissout les catégories. Il nous livre actuellement ses Chansons Sauvages Electriques d’hier et d’aujourd’hui dans un panier garni de bouffonneries et de divagations en tous genres.

“I want to be Brice”

Tout commence par le verbe, paraît-il. Pour Aël aussi évidemment, même (ou surtout) si le principal intéressé s’en défend savamment. Les élucubrations du hâbleur barbu dru mais si glabre du crâne débordent gentiment le cadre attendu et convenu. Elles en viennent même parfois aux mains pour interrompre le chanteur (qui s’interrompt donc lui-même, on n’est jamais mieux servi…), pour le temps d’une remarque, d’un commentaire, d’une saillie bien pensée. Le tout est toujours, toujours très drôle… Lorsque le talent d'un papotier se double de celui d’un chanteur, il s’agit d’un duo-à-lui-tout-seul. Côté musique : des guitares, des guitares, et un ukulele. Ah, ne pas oublier l'ukulele ! Ne pas l’oublier, sinon le public se rebiffe… Mais revenons aux guitares, voyons… Combien de cordes, déjà ? Six, en général, c’est bien ça ? Réponse exacte pour le commun des gratteurs, certes, mais pas pour Aël qui a arbitré en faveur d’une version originale : quatre cordes multipliées par trois guitares ténor font douze. Le choix pourrait paraître anodin. Ou même vain : il le serait en effet, mais seulement s’il n’était pas riche en conséquences sonnantes (mais non trébuchantes). Harmonies anguleuses et enchaînements effrénés d’accords convoquent brillamment le souvenir du grand frère, celui qui était un peu banjo… Pour ce faire, les trois miss ténor arborent fièrement leurs accordages ouverts, tout en décolletés plongeants de quintes. Résultat : la « quadricaster », la petite folk et la grande bringue carrée se démarquent à grandes volées de bois vert : elles sonnent plus franc, plus sec que tout ce que pourraient produire – c’est un exemple - les grandes cousines Strato. Bref, Brice for ever ! Mais quoi ? En oublierait-on prestement le verbe originel ? Pas vraiment, non, car les textes chantés se révèlent aussi drus que la barbe du barde, aussi acerbes que les propos du joyeux babillard, aussi déjantés que les boniments du zouave (un zouave est souvent barbu, très souvent). Ce sont alors tantôt jeux de mots quasi-bobby-lapointesques, tantôt tranches de poésie du quotidien. Amoureux souvent il fut, amoureux souvent il tombe. Mais la romance selon Aël, n’a rien à voir avec un café bouillu bourré d’édulcorant pré-post-romantique ; ce serait plutôt un savant mélange d’« Amour avec un très grand A et parfois un peu trop de Q » : « Ma belle chanson d’amour charnue dans le style tout le monde tout nu ».

Doux dingue chantant

Pas « très loin d’Hendaye, mais près d’Hawaï », le ton est souvent hautement loufoque, quelquefois critique - « Un chien zadopeter je veux » - et toujours adressé en tension très complice avec le public. Le plaisir d’être là, face à nous, dans un numéro de doux dingue chantant, s’affirme alors comme une évidence : Aël est un chanteur à l’aise, bien dans sa faconde, bien dans sa scène ; la façon qu’il a de se produire tient de la franchise naïve du clown, qui ne s’encombre pas de fioriture, et encore moins de décorum. ||
Stéphane Labarrière
Stéphane Labarrière
 
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ChansonAŽlLe 18 Octobre 2014Le Bijou123, avenue de Muret - 31300 ToulouseMétro ligne A - Station Esquirol
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