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Critique

Mythoman Café-théâtre Les Minimes



Ballet comic(s)



Publié le 24 Mai 2013


Une touche super-mytho-hero, passant du tutu de danse classique au non moins seyant justaucorps de comic(s) décomplexé. Drôle d'oiseau que celui-là, un brin atypique par rapport aux créations collectives régulièrement vues au café théâtre Les Minimes.
Rodolphe Sand n'en est pas à son ballon d'essai sur les scènes de l'humour (et scènes tout court d'ailleurs), ayant notamment bien fait tourner Célibataires, sa pièce à succès ; en revanche il s'agit là 1. de son premier one man show, 2. d'un spectacle en plein chantier (sept représentations au moment où nous cloutons), qui fait ses armes auprès du public toulousain avant de monter à Paris. Alors, qu'en pensaient les cobayes ? Z'avaient plutôt l'air contents. Etonnés, également. Et le Clou ? Toujours plus grognon que la moyenne, mais véritablement titillé par le personnage : il y a là une belle fibre, assurément un quelque chose. Après, après... la tendresse ne manque pas... mais l'écriture, bordel !

"Coupe, j'suis ému"

Le danger, avec un tel titre de spectacle, c'est que le Clou fureteur en vient à hésiter face à la bio... Alors il semblerait - et à vrai dire cela se voit en quelques secondes, en dépit de la couleur parodique - que Rodolphe Sand mente mal, puisqu'en fait de danse, il a bien, dans le temps jadis, levé ses gracieuses gambettes. Mais pas au Bolchoï, voilà tout. N'empêche, quand il apparaît en tutu sur la scène des Minimes, le cocktail visuel est parfait : mention spéciale pour les mollets de randonneur surmontés de tulle blanc... C'est qu'il danse bel et bien : l'autodérision de ce cygne déchu fait débuter le one man show sur un de ces ridicules émouvants et soignés comme on les aime, muet qui plus est : le spectateur de café théâtre, plus habitué aux contours nets, ne sait alors guère sous quel angle recevoir l'énergumène.

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Par la suite, malheureusement, on le saura, et sans cette fugitive hésitation de tonalités - qui certes reviendra, ici et là : trace d'une écriture qui a encore, à ce stade, la plume entre deux chaises. Après cet original prélude, voici donc illico de retour l'humour franc du collier (mais pas de la nuance), qui mériterait soit d'être poussé plus avant, soit de ne pas être poussé du tout : la satire de l'Occidentale en pseudo-mission humanitaire en Afrique, en un mot l'obscénité du plaisir exotique, peut être jouissive si elle est développée avec toute la férocité exigée par l'exercice - on a déjà vu ça dans Anne-Sibylle Couvert raconte Attifa de Yambolé et ça marche fort bien. Là, il s'agit simplement d'un nouveau sketch, catapulté dans une ambiance diamétralement éloignée, et qui nous rappelle le danger principal du one man show : partir dans tous les sens. Idem pour le tableau suivant sur le coach de l'humour, puis alléluia, on entrevoit des fils d'écriture et ça prend peu à peu : le mignonnet tutu revient avec une séance (longuette) de "Dicodanse incontemporelle" ; des passages cinéphiles apparaissent régulièrement en fils rouges, lors desquels Rodolphe "se fait une Palme" de Cannes, à tous les sens du terme ; enfin, la dernière ligne droite du spectacle, la ligne gay, roule parfaitement jusqu'à la fin - et pas incontemporellement, pour le coup !
Bref, rien que de très normal, ça sent le spectacle en cours de création. Il y aurait là matière à élaguer, ou à tricoter : rapprocher les différentes figures (y compris celle du Mythoman, bien catapultée, elle aussi, en dernière minute), ajouter la touche de couleur qui donnera au spectacle une cohérence. Un petit coup de burin, que l'on voit mieux la statue. Car derrière le défaut d'écriture, l'essentiel est là : une présence scénique redoutablement attachante, entre l'humour grinçant et l'autodérision ; un jeu très en corps, dont on sent la formation, et qui en effet mérite d'amener sur la scène humoristique ce qu'on y amène et malmène fort peu, la danse. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Café-théâtreMythoman
De Rodolphe Sand, Anne Bouvier et Carole Greep
Avec Rodolphe Sand
Le 24 Mai 2013Café-théâtre Les Minimes6, rue Gélibert, 31200 ToulouseMétro ligne B - Station Claude NougaroTél. 05 62 72 06 36 http://www.lesminimes.com // contact@lesminimes.com