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L'écho du brigadier

Critique En création

Pourquoi pas moi ? Centre d'animation Soupetard



Encore lui



Publié le 04 Mars 2011

"[...] Je m'voyais déjà en haut de l'affiche
En dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalait
Je m'voyais déjà adulé et riche
Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient
J'étais le plus grand, des grands fantaisistes
Faisant un succès si fort que les gens m'acclamaient debout [...]"
Charles Aznavour, Je m'voyais déjà (1960)


Ce pourrait presque être un de ces adages dont la sagesse populaire est si friande : le succès vient à ceux qui le poursuivent avec suffisamment d'acharnement. La preuve ? Philippe Souverville, que Le Clou découvrait il y a plus d'un an au Théâtre de Poche avec un spectacle tout neuf, son premier, Pourquoi pas moi ? Un one man show humoristique alors encore imparfait, mais dont les qualités ont frappé tant ce clou-ci que divers maîtres de salles de spectacles. Ainsi Philippe Souverville n'a-t-il cessé depuis de l'améliorer et le polir de scène en scène, du 57 au Citron Bleu, du Théâtre de la Violette à la Comédie Rive Droite, ou encore au Théâtre de la Poche. Cela méritait bien d'y jeter un nouveau coup d'oeil, que chacun pourra accompagner du sien samedi, au centre d'animation Soupetard.

Bille en tête

Pas de fioritures. Oublié le balayeur de la première mouture, qui rêvait tant de monter sur les planches et se voyait réduit à y donner du balai avant de se laisser aller au rêve matérialisé. Celui qui se présente n'est autre que le comédien lui-même dans la sincérité de son désir de scène, tout encombré de "merci, merci ; j'adore qu'on m'applaudisse" tandis que battent les applaudissements, justement.
Son rêve ? toujours le même : la danse, ce besoin de bouger qui le fouaille au corps. Comme Travolta, tiens, son idole ou peu s'en faut et dont il donne illico le pas de Saturday Night Fever sur voix de fausset bee-geesesque. Bon, il y aurait bien Prince aussi, mais "lui, quand il a compris que danser c'est s'exprimer, il est devenu fou", Purple Rain et démonstration gestuelle à l'appui. Sinon, il y a toujours la tektonic, façon agent de la circulation sous acide...
Un qui n'a pas changé non plus, "sur ma vie", c'est Serge Benamou, le très pingre patron de la Violette (Yvon Victor sera ravi de l'apprendre). Toujours la main dansante, les Ray Ban sur le nez, affligé d'une certaine propension à lâcher ses sous avec un élastique et dingue de cinéma. Et qui dit cinéma dit ? Dit... Dit ?... Casting, comme il se doit. Où il faut tout savoir camper : Jean-Marc Barr dans Le grand bleu, un prof de fitness dopé à la bougeotte rythmique allant chercher sa baguette quotidienne, un mannequin en quête de sa voiture, les gestes martiaux du body combat ou un professeur de salsa dont la libido apparente se révèlerait inversement proportionnelle à la présence de ses attributs virils. Il n'y manque qu'un strip-tease, tiens. Chiche ?

"Je vais l'arrêter ce sketch. Trop dur à faire"

Indéniablement, le spectacle "a bougé", comme disent les gens de scène. Eradiqué, le "pitch" un peu convenu du balayeur fou de scène ; resserrés, les temps où le texte l'emporte sur l'action ; et lui-même repris, le texte, en faveur d'une brièveté plus percutante. Retranchés aussi quelques passages hésitants, mais ajoutés des sketches neufs – même si le comédien hésite encore à insérer quelques idées à l'absurde tentant, mais un peu casse-gueule. Certains pourraient les voir, qui sait, dans les jours à venir, à titre d'essai grandeur nature... Et comme il l'avait annoncé, Philippe Souverville a désormais centré son travail sur ce qui lui tient à coeur et à viande : le corporel, la danse, le visuel, avec un talent très réel et une énergie toujours aussi débordante.
Car s'il est une chose qui n'a pas changé, c'est bien l'engagement physique, la générosité et la sincérité qu'il met à rendre le public heureux. Sans prétention, mais avec une exigence qui le conduira à peaufiner encore son spectacle, améliorer un texte qui reste son poids le moins fort – qu'on se le dise, comédien cherche auteur – dissoudre un ou deux moments un chouia distendus dans le rythme de l'ensemble. Et faire la peau, surtout, à cette peur injustifiée de perdre le public, qui le conduit parfois à mener l'affaire sur un tel tempo que lui-même en perd le souffle. "Je vais l'arrêter, ce sketch. Trop dur à faire." Tu parles, à ce rythme...
La suite ? Le Printemps du Rire, durant lequel on le verra revenir au Théâtre de Poche et participer aux "Citronnades" du Citron Bleu. Et qui sait, Paris peut-être... ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
Djeyo / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
HumourPourquoi pas moi ?De et par Philippe SouvervilleLe 04 Mars 2011Durée : 1h15.Centre d'animation Soupetard63, chemin de Hérédia 31500 ToulouseMétro ligne A, station Roseraie
Bus n° 19 et 37.
Tél. 05 61 58 35 54accueil.soupetard@mairie-toulouse.fr