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Critique

Talons aiguilles et crampons Café-théâtre Les Minimes



Drôle de match



Publié le 10 Février 2013


Cela fait déjà un petit paquet de semaines que le café-théâtre Les Minimes déclare La guerre des sexes tous les soirs de semaine. Mais avant de se déchirer autour des défauts de chacun, il faut bien que les couples se forment. C'est donc en toute logique que le même lieu programme en première partie de soirée Talons aiguilles et crampons, dont le titre calamiteux ne laisse pas tout à fait deviner de quoi il retourne, même si on s'en doute bien un peu.

"C'est qui les rouge, déjà ?"

Eh non, le rideau ne se lèvera pas sur un de ces décors d'intérieur - salon le plus souvent, bureau ou salle de bains à l'occasion - dont la comédie de boulevard est si friande ; mais sur neuf chaises alignées sur deux rangs, une table et deux ensembles casque-micro, entre lesquels déboule un échalas qui se chauffe la voix à grand renfort de lallations et d'allitérations casse-langue.
Bienvenue dans la salle de presse du Stade de France, pour la finale du championnat national de football. Et quelle finale ! Par un des ces hasards que vaut la glorieuse incertitude du sport, elle oppose cette année Saint-Michel-Chef-Chef (Loire-Atlantique), lieu de fabrication des fameuses galettes Saint-Michel, à Groslay, riante bourgade du Val d'Oise que rien ne caractérise particulièrement - authentiques l'une et l'autre, hélas.
De quoi inquiéter Roland Thierry, commentateur sportif depuis dix ans et familier des grandes rencontres... Ce qui l'inquiète le plus, toutefois, c'est l'absence du nouveau à lui dépêché par la chaîne, Claude Charric. Lequel se révèle n'être autre que la nièce du grand patron, belle comme une qui ne le serait pas et dotée d'un cerveau peu entraîné à quoique ce soit - quand j'ai faim, je suis plus capable de penser" - sans même évoquer son ignorance totale de l'art ô combien populaire du ballon rond.
Et la rencontre commence. Double, donc : d'un côté, de deux équipes si médiocres que le match tourne sans attendre à la pire pantalonnade ; de l'autre, d'un homme et d'une femme que rien n'aurait jamais dû réunir, sinon la méchante malice du destin. Une fois n'est pas coutume, le coup de sifflet final sera donné à la mi-temps, sur les résultats qu'on pouvait attendre. Ou à peu près.

"Si vous dites marrante, je vous tape"

Les familiers de la comédie contemporaine s'en doutent bien, ce n'est pas un spectacle sur le foot, sujet plus aimé du stand-up que du boulevard. Que les mêmes soupçonnent un simple prétexte à une ixième histoire de rencontre entre deux personnages que tout oppose, ils ne se tromperont guère, mais un peu quand même. Car sans aller jusqu'à dynamiter les codes du genre, Talons Aiguilles et crampons se plaît à ne pas s'y soumettre en tout, avec pour résultat une comédie plus nuancée qu'à l'accoutumée.
Un exemple ? Si le personnage de Claude répond en tout point aux exigences de la caricature - moche, bête, innocente et ignare - celui de son vis-à-vis évite le poncif du présentateur vedette beau, riche et gagneur, lui préférant le portrait en demi-teintes d'un artisan du commentaire sportif tarabusté par ses problèmes personnels. La première ne connaîtra pas de transformation fulgurante de citrouille en carrosse, pas plus que le second ne tombera raide amoureux de celle que le fatum lui a jeté dans les pattes. Et si la rencontre footballistique donne lieu à ce qu'il faut de situations loufoques décrites sur le ton de l'effarement atterré, on y sent poindre une tendresse réelle pour ces équipes minuscules qui s'acharnent à jouer tous les samedis sur des terrains défoncés, pour la seule gloire d'un titre de champion cantonal des équipes de réserve.
C'est donc un spectacle tendre, on dira même mignon, dans le meilleur sens du terme et sans la moindre trace de hauteur méprisante. Amusant de tout un appareil de facéties souvent prévisibles, mais pas toujours, bien amenées et dosées sans lourdeur. Humain par des personnages qui ne parviennent jamais vraiment à se confondre avec leur caricature. Et heureusement porté par Sonia Desbois, transfuge du 57 et experte en enlaidissement, plus encore par un Erwan Le Berre aux heureuses fragilités. Un match sans prétention à la gloire, qui fait plaisir à voir. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
Djeyo / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ComédieTalons aiguilles et cramponsDe Bruno Bachot et Alain Jeanbart

Avec Sonia Desbois et Erwan Le Berre
Le 10 Février 2013Durée : 1h15.Café-théâtre Les Minimes6, rue Gélibert, 31200 ToulouseMétro ligne B - Station Claude NougaroTél. 05 62 72 06 36 http://www.lesminimes.com // contact@lesminimes.com