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Critique

Le Chorésophe Cave Poésie René-Gouzenne



Une danse à vivre



Publié le 24 Janvier 2013


Vêtu d'une jupe longue et d'un manteau blanc, Michel Raji se fond dans la semi-pénombre, dans la pierre de la Cave Poésie, dans le puits de lumière qui l'éclaire. Déjà, une énergie particulière est en scène et on ne distingue pas instantanément les gestes qui en découlent, tant ils se mêlent au corps entier du danseur et à l'atmosphère ambiante. Ainsi, sa danse est un tout indécomposable, un chemin, fait d'allers et retours perpétuels entre lui et ce, et ceux, qui l'entourent.
Au-delà de sa formation de danseur, Michel Raji puise la source de son travail dans les danses soufies mais aussi son enfance. Casablanca... Le Maroc et ses rituels, du mariage officiel au hammam quotidien, résonnent encore en lui, riches de sensualité. La Cave Poésie accueillait la semaine passée ce Chorésophe et sa danse qui chaque soir se réinvente, sur le fil du temps partagé.

Dans un souffle

Quel est cet étranger, ce tiers, qui à l’intérieur et autour de son corps voyage, pèse dans un coude, spirale dans son ventre, s'échappe d'un ongle, pour mieux venir se déposer sur l'épaule, et rester là, pourquoi pas. A regarder, il pourrait s'agir du souffle, dont le Chorésophe s’énivre régulièrement. Un souffle profond et rauque, sincèrement musical et rythmé comme un cœur peut l'être. Un souffle nourri d'allées et venues intérieures, qui jaillit, comme habité de toute la vie que le sang et la chair parcourus auraient bien voulu lui céder pour enfin créer le mouvement : des gestes sûrs même lorsqu'ils sont hésitants, des tours de derviche et des frappes de pieds résonnants.
La construction de l'espace est sobre, composée d'une simple avancée vers le public, ou patientent un grand sablier de verre et une étoffe. Mais peu importe la composition puisqu'il ne s'agit pas de chorée graphiée, de représentation décidée. Peu importe et pourtant tout est là, dans l'espace que dessinent les lignes, les courbes et les soubresauts projetés par le corps à la fois investi et oublié de Michel Raji, qui révèle en se mouvant une essence de la danse : l'éphémérité du geste, qui laisse malgré tout une trace.

"Le danseur ne danse pas" (Mallarmé)

Ainsi, la chorésophie donne à voir l'invisible et son interprète est un artisan qui manie le présent. Sa danse fait l'effet, ce sont ses mots, d'une "transe lucide", d'une pleine conscience, d'un cheminement de forces qui pourtant lui échappent. La danse n'est pas dans le geste, mais dans l'impression qu'il laisse, dans l'air, le temps. On ressent l'humilité d'un artiste qui aurait accepté de ne pas être seul à l'origine de son art. Il semble réconcilié avec l'air qu'il fend, sur lequel il s'appuie, flotte, dont il se nourrit et qu'il partage. Avec le temps, élastique, les gens et les matières qui l'entourent et influent le mouvement du moment.
Chorésophia n'est pas un spectacle, pas plus qu'une performance. C'est un instant, donné, par un danseur qui corps et âme pense et danse, sans analyse. Juste - et c'est beaucoup - un instant à vivre. ||
Manon Cazes
Manon Cazes
 
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DR
José Antenat
Renseignements pratiques
DanseLe ChorésopheAvec : Michel Raji
Auteur : Serge Pey
Le 24 Janvier 2013Tarifs 6, 8, 10 et 12 €.Cave Poésie René-Gouzenne71 rue du Taur, 31000 ToulouseMétro ligne A - Station Capitole
Métro ligne B - Station Jeanne d'Arc
Tél. 05 61 23 62 00 // Fax : 05 61 23 61 60 http://www.cave-poesie.com // contact@cave-poesie.com