Retour Accueil Actualité critique du spectacle vivant / Grand Toulouse

Options de recherche

 
Votre recherche : Par titre de spectacle Par genre de spectacle Par compagnie Par lieu Par metteur en scène/auteur/chorégraphe Par date Par durée Par prix
> Accueil > Critique [ Court-miracles - Peut-être la seule façon d'en parler

L'écho du brigadier

Critique

Court-miracles *****



Peut-être la seule
façon d'en parler



Publié le 02 Juin 2009


A ltigone accueillera vendredi un petit bijou de spectacle, aussi riche du point de vue formel que subtil dans ses choix esthétiques face à ce sujet très actuel, sensible et désormais bien connu de nos scènes. Cette création de la compagnie Boustrophédon a vu le jour suite à un voyage de Clowns Sans frontières à Gaza : qu’elle s’en ressente, c’est le moins qu’on puisse dire, mais à travers une vision distanciée et proprement artistique qui, par-delà tout discours et tout excès de pathos, parvient au plus près de l’humain. Mis en scène par Christian Coumin, Court-Miracles est porté par quatre comédiens-marionnettistes-acrobates, des régisseurs industrieux et… quelques rats.

Un camp de réfugiés qui pourrait être celui de n’importe quel conflit

Des survivants traînent leur misère, leur courage et leurs fous accès d’humanité dans ce non-lieu jonché de matériaux en tous genres – ferraille, tuyaux, planches que la main d’homme a approximativement entassés en abris, voire même en territoires. On devine que certains d’entre eux ont dans cette communauté une mission – ramasser les corps, empêcher que les voleurs ne fassent les poches aux morts, soigner les blessés, tuer la vermine qui hante les recoins, prévenir dès que menacent des raids aériens…
D’autres n’ont pas de raison d’être en ces lieux sinon la guerre, qui les a laissés sur son chemin avec des membres en moins – reste ce foutu cœur qui toujours espère et tient son homme. Ceux-là sont passés par le pire et savent apprécier la valeur de la moindre attention d’autrui : deux hommes mutilés se découvrent ainsi dans la possibilité de retrouver les gestes les plus quotidiens à travers l’autre, de combler la part manquante. Ce sont aussi de petites querelles locales : se bagarrer pour une pomme de terre, pour une bouffée de cigarette – rien que de très humain, en deçà des grandes vagues meurtrières.
Celles-ci se traduisent sur scène par des corps ensanglantés, diminués ou invalides, de brusques pétarades qui projettent tout ce petit monde au sol… Bref, certaines realia seraient à la limite du regardable et du représentable, n’était le choix esthétique de la compagnie.

Passer par la marionnette et le masque pour revenir à l’homme

Tel est l’ingénieux parti pris d’un spectacle qui ne renonce pas au rire, face au pire. Spectateurs étonnés : on ne se serait pas cru capable de pleurer de rire pendant une heure et quart devant un tel sujet, et pourtant… Rien de froidement technique dans un spectacle où se cachent pourtant des performances circassiennes, ici amalgamées à un fil narratif continu : c’est une échappée de funambule sur un fil à haute tension, un numéro de jonglerie pour dérober des pommes-de-terres, une folle course sur patins à roulettes pour dératiser…
C’est surtout une manipulation bluffante des marionnettes, intégrées au corps de l’acteur de manière à donner des images d’une rare plasticité. L’humour et le grotesque des manipulations apparaissent ici comme un détour pour revenir à l’essentiel : alléger la réalité de toute fioriture lyrique ou pathétique, renouer avec le tragique en toute discrétion, en profitant de cette intimité complice nouée avec des personnages attendrissants.
La justesse de ce détour par le rire se vérifie dans les dernières minutes du spectacle, quand une brutalité sans fard intervient et atteint la spectateur avec une terrible simplicité. Sur la scène désertée demeure seule une marionnette, image redoutable de cette humanité violentée.
Un regard fin et de belles performances circassiennes pour un spectacle rare. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Raphaël Kann
Renseignements pratiques
théâtre de marionnettesCourt-miraclesCréation collective Studio Lido / Cie Le Boustrophédon.
Mise en scène : Christian Coumin.
Avec Loïc Apard, Lucie Boulay, Johanna Ehlert,
Matthieu Siefidt.
Création lumières : Arno Veyrat. Régie : Thomas Maréchal.
Le 02 Juin 2009Durée : 1h10. Tout public à partir de 8 ans.*****