Retour Accueil Actualité critique du spectacle vivant / Toulouse Métropole
> Accueil > Critique [ La Guerre des sexes aura-t-elle lieu - Au premier sens du terme

Critique

La Guerre des sexes aura-t-elle lieu Café-théâtre Les Minimes



Au premier sens
du terme



Publié le 19 Octobre 2012


L'expression qui a prêté ses mots innocents au spectacle La guerre des sexes ne sera pas, on le devine, à prendre dans le sens d'un débat d'idées. Plutôt loin des affres philosophiques et sociétales, la dernière création présentée au café théâtre des Minimes s'éloigne également des biais couramment empruntés pour aborder "la chose". Qu'on ne vienne donc point y glaner un érotisme savamment distillé, qu'on ne s'attende pas à de poétiques détours s'essayant à de virtuoses métaphores sur l'outillage de monsieur et madame. Ici, on se retrouve lexicalement (et visuellement) catapulté au cœur sujet, façon café théâtre : ça cause cul, et à quelques noms d'oiseaux près ça ne s'en cache pas.

Ad libido

Il ne surprendra personne, ce couple découvrant après quinze années de mariage que le plumard ne grince plus avec le même allant qu'autrefois. En matière de fable, le nœud de l'intrigue, si l'on ose dire, est à chercher parmi les problématiques conjugales les plus courantes. Rien qui défrise dans le principe, on sait que le café théâtre se nourrit de petits tracas familiers. Anne-Laure et Pierre ont la libido en berne, soit. On a vu excellent boulevard se satisfaire de moins, avec notamment tout le potentiel comique de la pudeur, et de l'incapacité à aborder ces sujets.
Mais voilà, Anne-Laure et Pierre n'en souffrent pas, de cette incapacité. Loin des hésitations et des difficultés à affronter le tabou conjugal, ils s'y engouffrent, et l'inconfort d'une conversation qui eût pu être délicieuse vire rapidement au règlement de compte, lequel essaie de gagner en mots imagés (spaghetti, trompe de Dumbo et autres "pioupiou") et en surenchère ce qu'il a perdu en construction des personnages. Pour finir par ériger en problématiques à résoudre (l'une le sera en guise de dénouement) les méditations suivantes  : pourquoi monsieur pratique-t-il tout seul sans en faire profiter madame ? madame doit-elle accepter sans rechigner les "changements de conduit" souhaités par monsieur ?

clou101912

Disons le d'emblée, il n'y a pas de mal à parler cul, et avec tous les mots qu'on veut : les fleuris, les directs, les stylistiques et on en passe. Loin du Clou l'idée de jouer les vierges effarouchées. Mais tant qu'à en parler et à chercher le rire, autant aller tirer de vraies ficelles comiques. Au souci d'écriture s'ajoutent ici des maladresses. On en rirait et y croirait davantage, par exemple, si le couple de comédiens n'avait ni cette pétulance ni cette fraîcheur (physiquement, s'entend) : si la tentative d'insérer du ridicule - du vrai et efficace ridicule de comédie - ne portait pas uniquement sur un déguisement fugitif et un accessoire démesuré, mais également sur la construction des personnages et la distribution.
Au final, et comme souvent, les moments de véritable poilade ne tiennent pas tant à ce qui se passe entre Anne-Laure et Pierre, qu'aux échanges avec les spectateurs. Et pourquoi donc? la fameuse pudeur, tiens. Ces instants où les comédiens viennent apostropher le public sur des sujets extrêmement précis, avec cette belle capacité à décrocher de leur rôle pour aussitôt y revenir - ce quatrième mur fissuré et plein de surprises, de dérapages maîtrisés et de fausses improvisations, qui fait qu'un de ces spectacles fragiles passe néanmoins sans mal le cap de la convivialité. ||
Manon Ona
Manon Ona
 
logo du clou
Mona / Le Clou dans la Planche
Mona / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
Café théâtreLa Guerre des sexes aura-t-elle lieuUn texte de Pascale Grégoire
Mise en scène de Skalp et Mathilde Sicsic
Avec Cécilia Zanin et Jean-Marie Godonier
Le 19 Octobre 2012Café-théâtre Les Minimes6, rue Gélibert, 31200 ToulouseMétro ligne B - Station Claude NougaroTél. 05 62 72 06 36 http://www.lesminimes.com // contact@lesminimes.com