Pour la troisième fois, Odyssud invite à admirer les artistes russes du Ballet de Perm, qui, comme toujours, présente un choix du répertoire classique. Il s'agit cette fois d'un hommage au grand chorégraphe français du XIXème siècle, qui a passé la majeure partie de sa vie en Russie, Marius Petipa.
Tout en Un
Ce sont trois soirées en une qui nous sont présentées, un vrai concentré de brio exécuté par une grande troupe de danseurs dignes de l'école russe. On assiste donc à deux extraits de la chorégraphie originale de
La Bayadère et de
La Belle au bois dormant, et un de
Casse-noisette, revisité par le chorégraphe Vassili Vainonen. Le tout bien sûr assaisonné des mélodies de Tchaikovsky et Minkus. Les variations s’enchaînent, alternant solistes et corps de ballet, pas de deux, pas de trois, pas de quatre...Aussi divers et avec tant de danseurs, que l'on se passera de décors, hormis la fameuse planche inclinée dans l'extrait de la
Bayadère, qui dessert la succession d'arabesques de L'Entrée des Ombres - celle qui a rendue si célèbre la version de Petipa.
Trop c'est trop
Le Ballet de Perm est réputé pour son académisme. Certes, il est toujours agréable de goûter de nouveau au grand répertoire classique, et de se laisser bercer confortablement par la tradition. Mais l'Académisme est-il forcément synonyme de Poussiéreux ? La danse classique nous emporte depuis plus de quatre siècles et se doit de respecter des codes rigoureux... ceci empêche-t-il son évolution ? La liberté ne se situe-t-elle pas justement dans la contrainte ?
Il est regrettable qu'une telle compagnie, qui compte sur 54 danseurs qui maîtrisent remarquablement leur art, n'ait pas envie de présenter le Ballet sous un nouveau jour et d'abaisser la moyenne d'âge de son public... N'entendons-nous pas souvent le fameux stéréotype, dans la bouche des jeunes spectateurs, de l'association immuable entre Kitsch et ballet classique ? La danse classique n'a pas besoin du clinquant pour briller, sa conception du Beau repose justement sur la perfection et la sobriété.
On ne peut nier l'effort de maîtrise d'une grande technique de la part des danseurs. Mais ça en devient un festival de démonstrations de performances, et un vrai défilé de costumes plus bariolés les uns que les autres. C'est d'autant plus dommage que l'on se souvient d'un Lac des Cygnes l'an dernier, bien plus épuré, et admirable... Peut-être que le fil narratif canalisait mieux le chorégraphe, qui cette fois s'est laissé emporter par la diversité des morceaux choisis. Il serait tout aussi bien de connaître l'avis des danseurs eux-mêmes, car s'ils sont d'accord avec cette critique, nous comprendrons mieux le fait que les visages soient si fermés. Le travail des bras et du haut du corps est certes étonnant, mais la technique doit-elle supplanter l'émotion, la sensation de facilité et de légèreté, qui transparaissent habituellement sur le visage des danseurs, et qui font que c'est un délice et un rêve pour le spectateur?
||Sarah Pernon-Garcia